Lu pour vous

Vendredi 20 mai 2011 5 20 /05 /Mai /2011 18:34

Par Kra Victor L`axe Abidjan-Ouagadougou : Le phénix renaîtra de ses cendres (Le Nouveau Réveil 20/05/2011) Lorsque Laurent Gbagbo remporte ... L`axe Abidjan-Ouagadougou : Le phénix renaîtra de ses cendres (Le Nouveau Réveil 20/05/2011)

 

  Lorsque Laurent Gbagbo remporte le scrutin d`Octobre 2000 et accède ainsi à la Présidence de la République, le jugement est unanime ; il est mal élu et les conditions " calamiteuses " qui entourent sa victoire imposent un silence gêné. Les principaux candidats avaient en effet été écartés par le pouvoir de Robert GUEI, la fraude et les manipulations étaient partout, le Président élu n`en est pas moins reconnu tandis que les Ivoiriens et la communauté internationale ont malgré tout rêvé que le pays allait retrouver le chemin de la paix et de la démocratie, en balayant les démons ethniques qui, depuis trop longtemps, avaient obscurci le paysage politique. La majorité des ivoiriens toutefois ressentait vite qu`on lui avait volé son destin. Dés le début de sa mandature, le pouvoir de Laurent Gbagbo était donc instable. Le Forum de réconciliation nationale organisé dès le mois d`octobre 2001 en atteste. Il réunissait tous les ténors politiques du pays. Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié, Robert Gueï . L`espoir à peine éclos était pourtant rapidement déçu. Rien n`avançait. La société était bloquée.

 

  La tentative de coup d`Etat de 2002 traduisait la coupure de fait entre le Nord et le Sud du pays. Dès lors la crise allait s`installer. Les multiples médiations étaient en apparence autant de coups d`épée dans l`eau et son comportement valait à Laurent Gbagbo le surnom de " boulanger ", en hommage appuyé à celui qui roule sans cesse dans la farine ses adversaires. Le temps donné au temps permet aujourd`hui d`observer que ces médiations n`étaient pourtant pas sans effet, malgré les apparences. Il devenait clair que lorsque des élections auraient lieu elles devraient être irréprochables. Les efforts répétés mis en œuvre imposaient ces dividendes, encore lointains mais déjà partagés. Le principe de la certification par les Nations Unies adopté à Pretoria en 2005 est essentiel. Il faut noter à ce niveau que Laurent Gbagbo n`avait pas confiance dans la composition de la Commission Electorale Indépendante (CEI), qui élit son président et qu`il ne maitrise pas, contrairement au Conseil Constitutionnel, carrément aux ordres. Laurent Gbagbo a accepté le principe de la certification dans l`espoir qu`il parviendrait à contrôler la CEI.

 

 

En fait avec la certification, les Nations Unies vont se révéler être une barrière d`intégrité infranchissable. Le processus a sauvé le pays du désastre. Malgré un accord, il réussira à changer le Président de la CEI, en nommant à ce poste Monsieur Youssouf Bakayoko en raison de sa proximité avec sa deuxième épouse. Il accentuera son emprise sur le Conseil Constitutionnel en nommant à sa tête Monsieur Yao-N`dré, membre fondateur du FPI et ancien Ministre de l`intérieur. Il faut donc observer, à travers ces diverses contributions, que l`Afrique tout entière tenait à s`impliquer dans la résolution d`une crise apparemment sans fin. Mais avec les Accords Politiques de Ouagadougou signés le 4 mars 2007, un son nouveau s`est mis à résonner. Le mouvement semblait tellement novateur que chacun sentit vibrer l`espoir d`un avenir différent avec la résolution d`un problème africain par les africains. Il s`agissait clairement de ramener la paix et de réunifier le pays. La méthode appliquée par le Président du Faso pour sortir de la crise avec l`introduction des négociations directes donnait le sentiment qu`un nouvel élixir était administré, que tout était possible et la proximité des acteurs rendait " évidente " l`adoption prochaine d`un chronogramme reconnu par chacun. Il y eut bien sûr encore de nombreux points à solutionner, mais après que Laurent Gbagbo eut proposé à Guillaume Soro, ennemi pourtant juré, de devenir son Premier ministre, la voie était à priori tracée. La mission dévolue au nouveau Premier Ministre était clairement d`organiser des élections libres et transparentes. Tant d`eau avait coulé sous les ponts avant qu`on en arrive là qu`il semblait impossible de revenir en arrière. Et cette certitude habitait tant les acteurs de bonne foi qu`ils ne pouvaient pas imaginer que l`un d`eux simule et dissimule.

 

 

Et pourtant c`était le cas. Mais sa vérité, Laurent Gbagbo savait qu`elle était inavouable alors il la cachait. Le Président du Faso, quant à lui, arbitre suprême, était là pour garantir un devoir d`Etat : un combat impartial et des règles du jeu propres. C`était aux yeux des sages les acquis de l`avenir. Il faut d`ailleurs préciser ici, pour éclairer ce qui va suivre, que lorsqu`un peu auparavant, Guillaume Soro avait été nommé Premier Ministre, il le fut non pas à la demande du Président du Faso, mais en fonction du choix calculé de Laurent Gbagbo qui estimait - ce furent les analyses ensuite- que Guillaume Soro représenterait une option de manipulation stratégique, le cas échéant, car Laurent Gbagbo pensait alors - encore et toujours- que s`il le fallait, il roulerait tout le monde et que pour cela, Soro ,serait le moment venu un atout. Laurent Gbagbo aimait parler de ses premières visites à Ouagadougou, évoquant le soutien que lui avait apporté Monsieur Blaise Compaoré durant ses fréquents séjours au pays des hommes intègres. Il se souvenait très bien que Blaise Compaoré lui avait alors apporté une contribution de 20 000 000 FCFA et que c`était le premier chef d`Etat à le faire. Avec cette contribution, il avait lancé son journal , clôturé sa maison et payé les premiers acomptes du siège du FPI. Evoquer la densité du souvenir était peut-être aussi pour lui un calcul de plus. La présence de Laurent Gbagbo à l`hôtel Indépendance était d`ailleurs fréquente et cela se savait suffisamment pour rendre furieux le Président Houphouët qui le fit savoir à Blaise Compaoré. Le rappel fréquent de ces souvenirs était , pour Laurent Gbagbo, une manière d`exposer des bases de confiance .

 

 

 

 Car son esprit était en mouvement et les élections étaient sa préoccupation majeure. Il irait à la bataille, c`était certain ,il ne s`en cachait pas , mais tout de même remarquait-il, des obstacles demeuraient. De nombreux observateurs racontent ainsi que Laurent Gbagbo estimait que " Soro ne l`aidait pas ", contrairement à ses attentes. Il avait besoin que le Président Blaise Compaoré lui donne un coup de main. D`après lui les commandants des " COMZONES " devaient être remplacés par ses préfets. D`ailleurs, il saurait être généreux avec eux, soit en les rémunérant avec de bonnes gratifications à la clef, soit en leur accordant des postes diplomatiques. Lorsque ces " suggestions " sont parvenues aux oreilles du Président du Faso, la position du Président Blaise Compaoré fut sans ambiguïté, car dit-il : "Ce que pense Laurent Gbagbo est tout simplement un projet impossible, car le rôle de la médiation exige une neutralité absolue. Il y a des accords qui tracent la route et qui ont tout prévu et ceci n`en fait pas partie." Pour le Président Compaoré, il était clair que de telles interventions seraient de nature à compromettre le bon déroulement du processus électoral et à créer des dissensions au sein des Forces Nouvelles. Une autre guerre civile éclaterait, rejetant alors la paix aux calendes grecques. Et cela détruirait en outre les chances d`Alassane Ouattara. Cette question fut réglée lors d`une réunion de concertation et toujours avec le souci du dialogue. Mais en réalité, tout ceci était lourd de sens. Il était clair que la rigueur du Président Burkinabè était indiscutable et que l`éthique exprimée sonnait le glas de méthodes d`un autre âge. Il était tout aussi clair pourtant que l`esprit de Laurent Gbagbo était en permanence à la recherche de chemins détournés qui lui assureraient une victoire officielle. Il n`envisageait pas la défaite et pour cela il était prêt à tout, même à la guerre civile comme cela allait advenir. Il faut d`ailleurs rappeler ici une conversation -connue- qui eut lieu entre les deux Présidents de la France et du Burkina. Le Président Sarkozy fit remarquer au Président Compaoré qu`il ne croyait pas, qu`en cas de défaite, Laurent Gbagbo s`effacerait. Blaise Compaoré était d`un avis contraire, persuadé par les assurances exprimées et répétées à l`envi par l`intéressé.

 

 

 

 Il reconnut par la suite avoir été abusé par Laurent Gbagbo. Il est clair aujourd`hui que l`homme avait décidé alors de ne respecter le verdict populaire que s`il lui était favorable. Et cahin caha nous sommes allés aux élections parce qu`il n`était plus possible à Laurent Gbagbo de faire machine arrière, le train de l`Histoire s`était mis en route. Le débat télévisé qui opposa les deux hommes pour le second tour fait ressortir la différence d`éthique entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Alors que Monsieur Ouattara déclarait de lui-même que s`il était battu il féliciterait aussitôt son vainqueur - dans la pure tradition des démocrates convaincus - Laurent Gbagbo fut réticent à s`exprimer quand bien même il le fit. Les mots lui restaient pratiquement dans la gorge. Rarement une élection n`aura été surveillée de si près par la communauté internationale et au niveau de la sincérité des chiffres le résultat était indiscutable. S`il y eut des irrégularités elles furent limitées et sans doute s`annulèrent-elles , personne ne peut le contredire. Les sommes engagées par la Communauté Internationale étaient à cet effet colossales et disaient bien l`importance accordée à un scrutin attendu depuis plus de dix ans. Les résultats de ce fait furent unanimement reconnus.

 

 

 La qualité de ces résultats était en fait la meilleure conclusion qu`il soit possible d`apporter au travail fourni par le facilitateur qui ne poursuivait qu`un objectif d`élections démocratiques avec des résultats certifiés. Ce sera cette qualité qui aura conduit l`Union Africaine, la CEDEAO, l`ONU et la quasi totalité de la Communauté Internationale à se montrer inflexibles. Le Président Blaise Compaoré a fait front, et il est clair que dans le cas contraire la démocratie en Afrique aurait subi un revers terrible . Désormais au contraire il sera difficile de s`imposer par la fraude. Des règles de rigueur ont commencé à s`inscrire dans le marbre. La défaite de Laurent Gbagbo était consommée mais il refusait de le reconnaitre. Il refusait d`ailleurs qu`on annonce des résultats provisoires. Il avait connaissance des chiffres et il savait qu`il avait perdu. A moins qu`il ne puisse tricher car Gbagbo avait le Conseil Constitutionnel dans la poche , et disposer à sa guise de la plus haute instance juridique du pays peut ouvrir bien des portes. Il n`était pas parvenu à récupérer la CEI comme il l`avait voulu. Les résultats sont en fait clairs, connus et reconnus. Il a le dos au mur et il le sait. Dès le lendemain des élections, les chiffres avaient parlé. Le temps presse. Les résultats doivent être communiqués dans un délai de trois jours. Il envoie donc deux jours avant cette échéance légale, à Ouagadougou, Monsieur Désiré Tagro et sa deuxième épouse Madame Nadiana Bamba pour tenter de convaincre le Président Burkinabè de l`aider à inverser les résultats des élections. C`est là une de ses dernières cartes.Cette rencontre a lieu en présence de "l`infatigable" M. Bourema Badini, Représentant spécial du Président du Faso chargé du suivi de ce dossier. Car Laurent Gbagbo est convaincu que la clef du problème est à Ouagadougou et entre les mains du facilitateur.

 

 

 

Il croit en son pouvoir et tente un dernier coup, persuadé que le changement d`avis de Blaise Compaoré serait suivi par les autres chefs d`Etat. L`heure n`est plus aux circonlocutions et le langage est direct et peut se résumer ainsi : "Nous sommes venus ici pour dire au Président du Faso que nous ne pouvons pas accepter la victoire d`Alassane Dramane Ouattara et c`est pour cette raison qu`il convient d`empêcher la proclamation des résultats provisoires. Il faut invalider le vote du Nord. Les votes doivent être annulés". Blaise Compaoré est inflexible. Il est comptable des 600 000 voix du Nord de la Côte d`Ivoire comme de chacune des voix de ce scrutin présidentiel. La démocratie est en jeu et il sait que la sous région ne se bâtira pas sans des avancées politiques notables. Le Président du Faso demande fraternellement à Laurent Gbagbo d`accepter les résultats des élections et souligne qu`en agissant ainsi il se grandira. Il l`avertit également alors que toute tentative de confiscation du pouvoir échouerait. Au 4ème jour suivant les élections, le Président de la CEI, Monsieur Bakayoko ,menacé de mort proclame les résultats à l`hôtel du Golf, le seul endroit sécurisé d`Abidjan pour la CEI. Parallèlement, Monsieur Yun-Jin- Choï, envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies Monsieur Ban Ki Moon, annonçait la certification des résultats avec 54% pour Alassane Ouattara et 46% pour Laurent Gbagbo. Dès sa victoire reconnue par la Communauté des chefs d`Etats au sein de la Commission de Paix et de Sécurité, le Président Alassane Ouattara a pris une décision capitale pour l`avenir en créant les Forces Républicaines de Côte d`Ivoire( FRCI). Il fallait en effet constituer une organisation militaire légitime sur laquelle s`appuyer car toute coopération avec les Forces Nouvelles était délicate pour la communauté Internationale. Cette décision marquait une nouvelle ère. De son côté Guillaume Soro a condamné sans réserve le comportement de Laurent Gbagbo qui cherchait à inverser les résultats par le truchement de la Cour Constitutionnelle et en se rangeant derrière le Président élu il donnait un avertissement supplémentaire à Laurent Gbagbo.

 

 

 

Le Président du Faso a considéré que sa mission ne serait pleinement remplie que lorsque la volonté des urnes se serait traduite dans les faits et lorsque le Président fantoche céderait la place au Président légitime. Pour cela, il fut appuyé sans réserve par la CEDEAO et plus particulièrement par les Présidents Goodluck Jonathan et Maitre Abdoulaye Wade. L`action fut immédiate. Il fallait priver Laurent Gbagbo désormais illégale d`un accès à des ressources financières, les mesures du Conseil de Sécurité de l`ONU y contribuaient déjà, mais le coup de grâce fut porté par la décision de l`UEMOA de ne plus reconnaitre la signature de Laurent Gbagbo. Ce fut un coup très dur que la fermeture des banques accentua et que les velléités aberrantes de création d`une monnaie ivoirienne viennent encore souligner. La décision de démettre de ses fonctions le Président de la BCEAO, Monsieur Dakoury Tabley fut prise à Bamako par les chefs d`Etat le 22 Janvier 2011 à l`occasion du sommet de l`UEMOA.L`homme en effet avait refusé d`appliquer les sanctions décidées par le Conseil des Ministres des Finances ,tenu en Guinée Bissau,et qui avait pour but d`annuler la signature de Laurent Gbagbo. La situation devenait chaque jour un peu plus dramatique. Le caractère sacré de la vie avait disparu. Laurent Gbagbo faisait tirer sur des femmes désarmées dont le seul tort était de défiler pacifiquement. La nuit venue ses milices et celles de Charles Blé Goudé partaient à l`assaut pour tuer, violer, détruire, voler. Le désordre annonçait un désastre humanitaire imminent aux relents de crimes contre l`humanité.

 

 

Le risque d`enlisement était inacceptable. Laurent Gbagbo avait " distribué " tellement d`armes et d`argent que ses relais étaient multiples et tout était à craindre. Des voix autorisées ont commencé à s`exprimer pour suggérer des solutions insensées comme le partage de la Côte d`Ivoire entre le Nord et le Sud évoqué un temps par Axel Poniatowski, Président de la Commission des Affaires Etrangères de l`Assemblée Nationale Française. La déstructuration du pays pouvait donc être envisagée par certains comme un fait naturel. Des relais pouvaient à tout moment jouer des partitions égarées, mais heureusement certains hommes, comme le Secrétaire Général de l`ONU , Monsieur Ban Ki-moon et son représentant en Côte d`Ivoire Monsieur Young-Jin Choi , n`ont pas relâché la pression ni ménagé leurs efforts pour garder le cap car l`adversaire était prêt à tout, il avait préparé ses arrières et avait des moyens de destruction inimaginables. La confusion régnait et l`on doit se louer que dans cet imbroglio accentué par les violences quotidiennes ,l`action des chefs d`Etat de la sous région ait été constante et immuable. Jusqu`au dernier moment, les chefs d`Etat ont multiplié les tentatives pour ramener Gbagbo à la raison. Le dernier assaut pour faire prévaloir la raison impliquait toutes les zones d`influence africaine. La réunion des chefs d`Etat de l`Afrique du Sud, de la Tanzanie, du Nigeria, de la Mauritanie et du Burkina auraient dû ouvrir les yeux de Gbagbo.

 

 

 

 Le monde entier avait les yeux rivés sur la Côte d`Ivoire et l`unanimité ne permettait plus d`attendre pour sauver des vies de ce qui était devenu la folie meurtrière d`un homme. Cette commission avait pour objectif d`annoncer à Gbagbo que des mesures contraignantes seraient prises s`il n`acceptait pas de céder la place au Président élu et reconnu par l`Union Africaine. Gbagbo une nouvelle fois rejeta les résolutions de l`Union Africaine. Il fermait de ce fait la porte à toute négociation ultérieure pour son départ du pouvoir. L`usage de la force devenait légitime. Pourtant une dernière tentative fut faite à la demande du Président sud africain Jacob Zuma ,il a demandé au Président Compaoré de tenter de convaincre Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir. Le Président Blaise Compaoré a pris l`initiative d`appeler l`homme en le priant une dernière fois de se ressaisir et de quitter le pouvoir. Après s`être concerté avec sa première épouse Simone , ses conseillers ainsi que les pasteurs qui l`entouraient, il a une nouvelle fois exprimé une fin de non recevoir. Il est par ailleurs impossible de ne pas condamner Laurent Gbagbo pour les détournements financiers considérables dont il s`est rendu coupable. Il est effrayant de constater que la cupidité n`avait pas de limites lorsque les capitaux ont continué à disparaitre sans justification au plus fort de la guerre. Durant cette période, Laurent Gbagbo qui avait mûri longuement son affaire a fait appel à des mercenaires, notamment libériens, il se savait perdu et ne craignait pas d`affecter toute la sous région d`une folie meurtrière. Avec le temps son ressentiment à l`égard du Président du Faso ne cesse de croître. Il le rend responsable de sa chute annoncée, car il sait que ses jours sont comptés et le choix d`une politique de destruction massive ne lui donne pas d`états d`âme.

 

 

 

 Au contraire il cherche à provoquer des chocs en retour pour déstabiliser celui qui a refusé les compromissions, il finance des mouvements calculés de contestation qui doivent déstabiliser le Burkina Faso. Durant cette crise certaines élites africaines se sont parfois rangées derrières les positions de Laurent Gbagbo au motif que l`Occident soutenait militairement Alassane Ouattara et que c`était inacceptable. Il ne faut jamais se tromper d`adversaire. Les chemins qu`empruntent les combats doivent être respectables et non pas tyranniques. Les principes s`imposent toujours par leur nature. Le combat pour la Justice et le respect des élections en Côte d`Ivoire était d`abord celui des ivoiriens. Les massacres perpétrés par les milices organisées de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé ne faisaient pas dans la dentelle. Il fallait agir. Il fallait que soufflent les forces et l`esprit de liberté et de justice. De grands intellectuels comme Pierre Sané, ancien Président d`Amnesty International et ancien Directeur Adjoint de l`UNESCO se sont rangés derrière Laurent Gbagbo, appelant à le soutenir, au mépris du droit et de l`évidence. A leurs yeux Gbagbo était devenu le symbole du nationalisme africain et son combat était presqu`un combat souverain. Il faut dénoncer et condamner cette vision égarée, surtout lorsqu`on observe que dans le même temps, les meilleurs soutiens du tyran étaient les multinationales qui n`ont d`état d`âme que ceux de leurs intérêts ! Le divorce des mots et des actes est inadmissible quand il y a mort d`homme et tromperie constante.

 

 

 

 

 Les cautions des élites étaient de nature à accentuer le sentiment de confusion. Lorsque les élites rejettent les élections, acceptent l`ethnocentrisme elles perdent leur âme et c`est inacceptable .Gbagbo était un mystificateur et non l`incarnation du panafricanisme et de l`anti-impérialisme. Il faut reconnaitre que la Chambre de Commerce Ivoirienne a toujours gardé une conscience claire des réalités. En revanche il sera souhaitable à l`avenir que les multinationales s`interrogent sur leur devoir d`Etat et intègrent l`éthique dans leur action. Et c`est pourquoi, maintenant le calme doit revenir, alors que l`investiture du nouveau Président intervient. Les blessures sont cruelles, les morts trop nombreuses. Il n`est pas possible de les passer sous silence et Laurent Gbagbo doit être jugé. Mais il doit être jugé de préférence en Côte d`Ivoire. Il n`est pas souhaitable que l`Afrique voit ses fils jugés à la Haye. La Cour Pénale Internationale ne nous apporte pas les progrès juridiques et humains dont de tels procès seraient porteurs, s`ils se tenaient sur le sol du continent, et cela est possible. Certains "médiateurs" comme Raïla Odinga se sont égarés. Après avoir constaté les crimes commis, le premier ministre Kenyan, a déclaré qu`il n`était pas nécessaire de juger Gbagbo, son départ suffisait. Ceci n`est pas acceptable. Les morts et la réconciliation nationale exigent un procès.

 

 

 

Le lundi 16 mai dernier, le Président Alassane Ouattara s`est rendu à Ouagadougou pour exprimer sa reconnaissance au Président Compaoré pour le rôle qu`il a joué dans la résolution de la crise ivoirienne. C`est un acte majeur auquel chacun doit être sensible. Sans la détermination du Président Blaise Compaoré, son action constante aussi bien en conclave qu`au vu et au su de tous, il est probable que le Président Alassane Ouattara ne serait pas au poste qui est le sien aujourd`hui. Liés par l`Histoire, les deux pays le sont désormais par un présent commun. La Côte d`Ivoire est un poids lourd économique de la sous région. Pour les pays de l`Hinterland en général et le Faso en particulier le port d`Abidjan demeure un partenaire stratégique. L`axe Abidjan- Ouagadougou sera la cheville ouvrière du développement du pays et il rejaillira sur l`ensemble économique de la CEDEAO. La crise régionale avait amplifié pour le Burkina Faso, les effets négatifs de la crise mondiale avec des conséquences humaines insupportables. Il faut y remédier. " Il n`est de vent favorable que pour celui qui sait où il va " écrivait Sénèque et la construction et le renforcement de l`axe Abidjan -Ouagadougou tous azimuts sera une donnée constante de la politique burkinabè.. Le rôle du Président Compaoré s`est toujours inscrit dans cette perspective qui constitue un fondement économique majeur du développement. Les relations économiques doivent s`exprimer demain dans un paysage apaisé, elles exigent des infrastructures, des cadres institutionnels forts et des règles de gouvernance et de rapports inter états établis . Le Président Obama, dans son discours d`Accra, a exposé quelques principes qui doivent nous guider.

 

 

 

 Les hommes meurent et remplissent les cimetières tandis que les institutions, fortes et respectées, permettent l`épanouissement quotidien de chacun. Qu`il me soit permis ici de rappeler à la Communauté Internationale le rôle essentiel joué par le Faso dans ce combat pour la démocratie. Le prix payé est lourd pour le pays. Le renchérissement des produits de base est insupportable dans un pays enclavé et dépourvu de richesses naturelles. Les difficultés récentes en apportent une démonstration. La Communauté Internationale doit prendre en compte ces réalités pour renforcer son action au Faso un pays dont chacun reconnait les avancées. La commission mise en place sous l`autorité du Premier Ministre Charles Konan Banny qui va rechercher la vérité dans une optique de réconciliation dit bien les objectifs du Président Ouattara .C`est une politique de concorde qui insufflera le développement pour tous et permettra l`épanouissement général dans le cadre d`une intégration régionale réussie. La messe est dite, il faut songer aux hommes.

Filippe SAVADOGO

Ancien Ministre

 

  Le Nouveau Réveil

Par Citoyen Libre - Publié dans : Lu pour vous - Communauté : UNION SACREE DE L'OPPOSITION
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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 22:30

  Grosso modo, les réactions des intellectuels du continent africain sur la crise ivoirienne peuvent être regroupées en deux tendances: l’une en faveur du président Alassane Ouattara; l’autre en faveur de Laurent Gbagbo, président déchu par la voix des urnes et qui a refusé jusqu'au bout de céder le pouvoir, s’y agrippant comme le ferait une chauve-souris, à la branche d’un arbre. C’est cette dernière tendance qui intéresse le plus. Un fait étrange: elle est tenue par des intellectuels de renom et (précision de taille) non ivoiriens —ce n’est là ni un délit, ni une tare. Au nombre de ces intellectuels, on compte les Camerounais Célestin Monga et Achille Mbembé, le Guinéen Tierno Monenembo.
Fait frappant: leurs contributions donnent, presque toutes, dans des diatribes aussi inouïes que déplacées contre la France, l’Occident en général, la communauté internationale. Les armes conceptuelles dont ils se servent sont: le panafricanisme de Gbagbo, la souveraineté nationale, la non ingérence, la Françafrique et, bien évidemment, l’impérialisme. A les lire et à les entendre, l’ex-chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo est une victime expiatoire de l’Occident, qui aurait décidé de sévir contre un héros de la lutte de libération du peuple noir, un digne défenseur de la dignité de l’Afrique!
Et nous voilà partis pour le combat d’arrière-garde; ce combat, non pas contre nos propres turpitudes, mais contre l’autre; cet autre c’est, bien sûr, le blanc, l’Occident, l’impérialisme. Et c’est là que j’éprouve des inquiétudes, non pas pour le dénouement de notre crise (je gage que nous lui trouverons une issue profitable à tous), mais pour la qualité et la richesse du débat intellectuel sur la situation que vit mon pays.
L'Occident accusé de tous les maux
Disons-le sans détour: je ne trouve rien d’aussi écœurant venant de ce que nous appelons «l’intelligentsia africaine» que ce «réflexe nègre» qui consiste à toujours accuser (et automatiquement) l’Occident de tous les maux du continent. Dans le fond, qu’y a-t-il de vraiment original dans la crise que connaît mon pays? Un chef d’Etat (noir africain) déchu, qui refuse de céder l’exécutif au vainqueur du scrutin; une armée à la solde de cet ex-chef d’Etat, des milices embrigadées qui, toutes, hurlent au «complot international» afin de sauvegarder leurs privilèges —ces privilèges que le chef a pris soin de leur donner, pour garantir le rapt électoral qu’il avait prévu depuis son accession au pouvoir, en 2000, par une insurrection populaire savamment préparée, etc. Sous les Tropiques, qu’y a-t-il de vraiment nouveau dans cette «affaire»? Cette affaire banale, courante, cette affaire d’une désespérante récurrence qui signe la singularité politique du continent et le condamne, à chaque fois, à des impasses tragiques?
En la matière, et on le sait, M. Gbagbo n’innove pas. Il a de brillants précurseurs, des maîtres: Mugabe (président du Zimbabwe), Dos Santos (dirigeant de l’Angola), Kibaki (chef de l’Etat du Kenya), Tandja (ex-président du Niger) et ses filouteries constitutionnelles, etc. Là-bas, comme en Côte d’Ivoire, l’argument brandi par les usurpateurs du pouvoir reste le même: ce sont les blancs, ces impérialistes, ces néocolonialistes, ces enfoirés, ces racistes, etc. qui veulent les évincer du pouvoir! Les évincer afin d’accaparer les richesses nationales —tiens, je ne savais pas que nos pays étaient si riches, au point de violemment susciter la convoitise de l’Occident vorace. Nos pays, riches! Nos pays, ces Etats (souverains) qui s’en vont pleurnicher souverainement et régulièrement auprès des institutions financières internationales pour avoir de l’aide ou pour pouvoir être reconnus PPTE (Pays pauvres très endettés!). En toute souveraineté! En Afrique, on fait même la fête et des reportages télé sur le don de… quelques latrines offertes à nos populations par quelque ambassade généreuse. C’est cela la riche Afrique!
Non, je ne savais pas que l’Afrique noire était si prospère, cette Afrique-là des masses misérables flirtant quotidiennement avec le manque, l’insécurité permanente, la sous-alimentation, la sous-instruction, l’analphabétisme, la pauvreté et la mort indigne au bout de l’infâme horizon.
Or donc, nos pays sont riches. Mais dites-le moi donc, sombres dirigeants nègres qui maintenez vos peuples dans la misère offensante, pourquoi ne partagez-vous, comme il conviendrait que vous le fassiez, cette richesse, avec tous? Carrosses, châteaux nègres et sécurité pour les uns (le grand chef, sa famille biologique, sa famille politique, sa tribu), misère et mort subite pour les autres (les intellectuels qui refusent la compromission, les jeunesses non embrigadées, la masse des sans avenir —tout un troupeau de miséreux condamnés à brouter dans les pâturages désertiques de la débrouillardise..)
Honteuse supercherie
Et voilà les usurpateurs de l’exécutif, s’habillant allègrement du manteau de grands défenseurs de la liberté des peuples africains opprimés par les blancs; ils se font, subitement, les «Zorro» de la dignité africaine bafouée par l’Occident, des guérilleros acharnés contre l’impérialisme, des hérauts du panafricanisme, du socialisme... et de tous ces «ismes» navrants et ensorcelés qui ne font que nous détourner de l’essentiel: reconnaître et combattre nos propres insuffisances, nos propres laideurs.
Et ce messianisme dont s’affublent trop facilement les chefs d’Etat africains semble amplement suffire à l’entendement de nombre d’intellectuels du continent pour que ces dirigeants-là, des antidémocrates invétérés, des autocrates notoires, des dictateurs aux entournures de criminels, deviennent des chefs d’Etat dont ils se font le devoir de soutenir la cause. Où allons-nous? Pourquoi et comment en arrive-t-on à se tromper, de manière aussi ahurissante, de combat? Le Camerounais Marcel-Duclos Efoudebe a bien perçu la supercherie. Lisons-le:
«Pourquoi faut-il que même des hommes aussi crapuleux que les Kadhafi, Deby, Bongo, Mugabe et autres, du moment qu'ils ‘‘combattent’’ le néocolonialisme, deviennent des héros pour bon nombre d'Africains? La chose est à peine croyable! (…)
«On en vient à se poser des questions qu'on croyait —à tort— banales: est-il si difficile que ça de dire à une crapule qu'elle est une crapule? Dire d'une crapule qu'elle est une crapule est-il si compliqué? Pourquoi est-il si facile de tirer à boulets rouges sur l'Occident, quand il est évident que la crise zimbabwéenne est essentiellement la faute de Mugabe? Et si cette sympathie envers le dictateur traduisait la difficulté que certains de mes compatriotes éprouvent lorsqu'il faut regarder la vérité en face? En un mot: comment est-il possible de se tromper à ce point d'adversaire? Je vais le dire tout net: si les plus cyniques de nos dictateurs jouent sur la fibre "nationaliste", c'est uniquement parce qu'ils ont compris que c'est la seule chose qui leur vaudra l'approbation —implicite ou explicite— d'une frange importante de la population, voire de l'intelligentsia africaine.»
Dangereux nationalisme
Ce texte illustre parfaitement la situation que connait la Côte d’Ivoire. Monga, Mbembe, Beyala, Monemombo et autres oublient (ou feignent d’oublier) que, loin d’avoir une vocation panafricaniste, le régime de Gbagbo a cultivé la xénophobie à outrance, le nationalisme le plus chauvin et le plus dangereux. «Gbagbo 100% pour la Côte d’Ivoire», dit un de ses panneaux de campagne électorale. Ne soyons pas dupes, le décodage de ce texte propagandiste est facile: il s’agit bel et bien du «sang pour (le) sang»! Ce sang qui renvoie aux crimes que l’homme et son régime ont toujours été prêts à verser pour conserver le pouvoir: «Je suis prêt à mourir pour défendre la Côte d’Ivoire», hurle, de nationalisme démentiel, Gbagbo! Mais qui donc lui a dit que notre pays était en danger? Le seul danger qui menace la Côte d’Ivoire s’appelle bel et bien Gbagbo Laurent. «Le pouvoir, j’y suis, j’y reste»; «Alassane devra enjamber mon corps pour arriver au palais présidentiel!», a-t-il clamé.
«100% (sang) pour la Côte d’Ivoire»! La version dangereusement empoisonnée de l’ivoirité telle que détournée par Gbagbo et ses refondateurs. Oui, c’est cette ivoirité-là, affreusement xénophobe et canaille (différente de celle de Bédié), que l’homme et son régime promeuvent, dans des cultes à la nation et au «pur-sang», dignes des transes hitlériennes. Les adversaires de M. Gbagbo sont ainsi brandis aux yeux de la population, manipulée, comme les «candidats de l’étranger» (c’est Gbagbo lui-même qui le dit). La proximité des mots «étrangers» et «candidats» favorise leur association sémantique et crée le déclic dans le cerveau des masses: ce sont des étrangers! Alors, les foules partisanes de Gbagbo, fanatisées, aveuglées et manipulées, peuvent déverser sur Bédié et Ouattara tout leur venin de la haine, leurs frustrations sociales, leurs ressentiments (nés pourtant des maladresses du pouvoir de Gbagbo). Marcel-Duclos Efoudebe note encore, avec bon sens: «Il leur suffit qu’Alassane Ouattara soit présenté comme ‘‘le candidat de l’Occident’’ pour que Laurent Gbagbo devienne un saint.»
Sur ce point précis, Célestin Bedzigui (un autre Camerounais), dans un superbe article intitulé Gbagbo, ce désormais personnage de cirque, écrit ces notes éclairantes: «(…) d’avoir été haut fonctionnaire du FMI vaut à Ouattara d’être présenté par certains comme un agent du néocolonialisme qui ne l’autoriserait pas à gagner une élection.» Conséquemment, «la position de la communauté internationale y compris de l’UA [Union africaine, ndlr] et de la Cédéao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ndlr] le reconnaissant comme vainqueur et Président légitime de la Côte d’Ivoire serait forcément une manifestation du cheval de Troie du néocolonialisme pour prendre le contrôle de la Côte d’Ivoire». Il peut alors conclure:
«De fait, il se révèle aujourd’hui que certains choisissent de sombrer dans l’ivresse des thèmes incantatoires du genre ‘‘haro sur le néocolonialisme’’ qui autorisent toutes les paresses intellectuelles et leur font faire l’économie de la douleur qu’impose l’analyse critique. Feindre tout à coup d’ignorer l’emprise que, dans les démocraties tropicales d’Afrique francophone, les tenants du pouvoir politique ont sur les structures judiciaires dont les Conseils constitutionnels et autres Cours suprêmes font partie (comme on le voit au Cameroun, Gabon, Congo et j’en passe), découvrir à ces institutions une soudaine virginité d’impartialité et d’objectivité, surtout lorsque l’on est Camerounais et qu’on vit ce que nous savons —le système en Côte d’Ivoire en étant un siamois— ignorer cette emprise disais-je, est une marque de... naïveté ou alors de... puérilité impardonnable, n’en déplaise a certains.»
Souveraineté nationale et dignité africaine
Deux autres des arguments ensorcelés qui agitent la plume de certains intellectuels du continent sont la souveraineté nationale et la dignité africaine. A lire ces intellectuels, le dirigeant noir africain peut, au nom de la «souveraineté nationale» et de la «dignité africaine», se permettre toutes les transgressions: piller l’Etat, bâillonner la presse, appauvrir la population et, pis, tuer tout contestataire. En Afrique, que vaut, finalement, la vie d’un individu? Rien, ou pas grand-chose. «Mais voyons, Tiburce, qu’avez-vous, toi et ton ami Venance, à vous en prendre tant à Gbagbo? Après tout, Gbagbo tue moins que bien des chefs d’Etat africains.» Celui qui me tient ces propos est un honnête et bon journaliste français. Je sais qu’il me chahute, mais le propos est lâché: «Gbagbo tue moins», il tue moins, il tue moins que… donc, il nous faut l’accepter, car il est le moins criminel de tous. Le taux de suppression de vies humaines devient ainsi le critère d’évaluation de nos chefs d’Etat! Merci...
Je me souviens du cri de fureur, sur Radio France Internationale (RFI), de l’écrivain guinéen Tierno Monenembo, au lendemain de la fusillade de septembre 2009 au Stade du 28 septembre, à Conakry. Tierno hurlant de douleur immense comme un fauve blessé, contre le régime criminel de Dadis Camara qui avait fait tirer sur la foule de manifestants. C’était une réaction saine, salutaire; et nous autres, de Côte d’Ivoire, l’ONU, toute la communauté internationale, avons joint nos hurlements d’indignation aux siens, contre l’hyène de Conakry. Mais en ce qui concerne la crise ivoirienne, le même Tierno trouve le génie de prendre (subtilement) fait et cause pour Gbagbo, l’hyène de Cocody qui fait tirer sur les enfants de Côte d’Ivoire et capture l’exécutif; il condamne l’ONU qui, selon lui, «recolonise l’Afrique» (pour avoir reconnu l’élection de Ouattara); il fustige la communauté internationale qui s’en prend au dictateur d’Abidjan, évoque son refus de l’ingérence, la souveraineté nationale, etc. Question: le sang des Guinéens est-il plus important que celui des Ivoiriens?
Sékou Touré, le premier Président de la Guinée, se réclamait du combat contre la France et l’impérialisme. Je crois savoir que Tierno avait fui la Guinée du «vaillant combattant» Sékou Touré pour trouver refuge en Côte d’Ivoire —la Côte d’Ivoire d’Houphouët, bien sûr. Dadis Camara se disait, lui aussi, le héraut de la dignité africaine et le messie de la Guinée. Pourquoi Tierno n’a-t-il pas rejoint ce «noble combat» de Dadis? Pourquoi a-t-il contesté à Dadis Camara le droit souverain d’accaparer le pouvoir et de faire tirer, en toute souveraineté et dignité africaines, sur la foule?
Continuons d’interpeller Tierno: pourquoi vit-il en Europe, se fait-il éditer par des maisons européennes, se plaît-il à recevoir des prix de littérature européens, décernés par ces méchantes puissances occidentales, plutôt que de venir vivre en Afrique, cette gentille Afrique, et participer, aux côtés de ces illustres combattants pour la dignité africaine (Gbagbo, Mugabe et autres), au grand combat libérateur contre l’Occident, l’ONU, etc.? Pourquoi donc Tierno et, à travers lui, tous ces intellectuels du continent, si alertes à s’en prendre à l’Occident, ne restent-ils pas en Afrique pour y développer et mettre en pratique leurs idées généreuses pour le continent, plutôt que de se réfugier chez ces «méchants hommes blancs» et bénéficier des bienfaits de l’historique ennemi?
Thèses obscures et surannées
On le voit, la crise ivoirienne s’offre à l’entendement de certains intellectuels du continent comme le laboratoire idéal pour remuer des thèses obscures et surannées (la condamnation sans appel de l’Occident brandi alors comme l’horrible fantôme qui trouble la quiétude de l’Afrique), et exprimer aussi leur complexe d’ex-colonisés –ce vieux fantasme qui conditionne leur façon d'agir face au blanc. C’est une puérile crise psychosomatique...
«L’ONU n’a pas à décider qui est élu et qui ne l’est pas à la tête d’un pays», ajoute Tierno. Objection, M. le prix Renaudot (prix créé par l’Occident, reconnu par l’ONU, et qu’il a été pourtant fier de recevoir): l’ONU n’a pas décidé du choix du président de la Côte d’Ivoire; elle a tout simplement et logiquement entériné le choix du peuple ivoirien tel qu’exprimé dans les urnes. C’est aussi simple que cela; et cela s’appelle démocratie.
Je repose toujours les mêmes questions aux uns et aux autres: si, à chaque élection, nous nous plaisons à refuser le verdict des urnes, par quelle voie choisirons-nous donc nos chefs d’Etat? Celle des armes? Sommes-nous condamnés, nous les Africains, à demeurer dans l’âge farouche et violent de la conception et l’exercice du pouvoir? Ne savons-nous que faire la guerre pour parvenir au pouvoir? La souveraineté nationale est-elle le bien d’un chef d’Etat ou celui du peuple?
Sur ce dernier point, j’ai la nette impression que de regrettables confusions se sont emparées de l’intelligence de certains intellectuels du continent, et brouillent leur grille de lecture des faits. Il me semble, en effet, que ces «souverainistes» conçoivent la souveraineté comme un droit absolu et divin accordé au prince. Ainsi, Gbagbo et «son» Conseil constitutionnel (composé de copains, de camarades et de sujets —des gens qui lui sont redevables donc) ont le droit inattaquable de refuser le verdict des urnes et de choisir, désigner, eux-mêmes celui qui doit présider aux destinées du pays! Il m’apparaît sage, quant à moi, de dire que la souveraineté est détenue par le peuple; et, en démocratie, ce peuple l’exprime dans les urnes. Et notre peuple, celui de Côte d’Ivoire, a choisi comme président de la République un candidat du nom d’Alassane Ouattara. Toute autre exégèse sur la question n’est qu’une obscure danse de sorciers du jour.
Oui, j’exprime haut et fort mon refus de l’incantation de cette souveraineté nationale, suspecte et dangereuse, qui autorise le prince à occire son peuple et à faire main basse sur l’exécutif; je refuse ce droit de tyranniser, de tuer, que des intellectuels du continent, pour de mystérieuses et mauvaises raisons, accordent trop facilement aux dictateurs des tropiques; je dis non à ce faux culte de la dignité africaine, de la grandeur de l’Afrique, de l’honneur de la race, et tous ces concepts flous, louches, qui dissimulent mal le complexe de l’ex-colonisé; ce complexe qui continue de hanter notre psyché collective, ce mauvais complexe qui parasite et paralyse la capacité de réflexion de nombre de penseurs africains dans leurs lectures de nos tragédies politiques nègres.
Non, Messieurs, la question «nègre» est ailleurs. Et, à mon sens, continuer de rendre l’Occident et le blanc responsables des maux que vit le continent revient en réalité à affirmer que les noirs africains ne sont que de gros enfants, des gros innocents de tout et en tout, des gens sans capacité de décision et d’agir sur le monde.
Le meilleur moyen d’infantiliser l’Africain et de l’empêcher d’entrer dans l’Histoire, c’est de continuer à le dépeindre comme une victime des puissances occidentales. Assumons nos turpitudes, nos égarements, nos obscurités aussi bien que nos Lumières car, oui, nous avons, nous aussi, des lumières. Servons-nous de ces lumières pour nous éclairer, en évacuant de nos cerveaux le fantôme du blanc méchant.
Tiburce Koffi, écrivain et journaliste ivoirien

source (forum abidjan.net)

                     

Par Citoyen Libre - Publié dans : Lu pour vous - Communauté : UNION SACREE DE L'OPPOSITION
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Dimanche 24 avril 2011 7 24 /04 /Avr /2011 17:56

 

163061 182475755096354 100000017928426 651326 6394104 n[1]J'ai toujours pensé que ce garçon deviendra un jour un vrai boulet contre la dictature,le cauchemar du pouvoir illégal et illégitime de Brazzaville.Lui, qui a su tirer sa popularité sur le terrain des actions concrètes et non de la politique du ventre, des "Oyé oyé soutien,viva,viva la dictature de l'immortel Denis Sassou Nguesso ",Joe W.Ebina est entrain de voir toute la sourde rancune et la sordide ire des guerriers de 1997 lui balancer des bâtons dans les roues de sa vaste et imposante machine de solidarité à toute épreuve des laissés pour compte,ses concitoyens,spolliés par les voleurs de la république.

 

Je dois vous rappeler qu'il circule sur internet des photos du récent appartement acquis à coup de plusieurs milliards de nos francs par Christel Sassou Nguesso,le rejeton du Diable qui hante le Congo depuis 40ans.Ceux qui ont eu la chance de voir ses photos peuvent se faire une idée exacte sur l'ampleur du pillage organisé par cette famille mafieuse au pouvoir depuis des années, et les raisons pour lesquelles elle se bat à garder le pouvoir pour elle, quitte à trucider,à humilier toute personne physique ou morale (peu importe ce que cette personne a fait ,fait ou pourrait faire de positif pour l'amélioration des conditions de vie des congolais) du moment qu'elle apparait  pour ce pouvoir comme étant un élément incontrôlé et génant les intérêts iniques du système "Tossa olia"(Soumission et obéïssance aveugle au chef,gage de sérénité tout azimut).Depuis quelques années Joe Washington Ebina,l'opérateur économique insoumis, subit les frais de cette logique abjecte.La toute récente cabale est intervenue à kinshasa,pour mieux cerner mon propos, je vous convie à la lecture de ce qui suit:

 

(témoignage d'une source proche de la victime,in texto)

 

"Une main noire agit depuis un certain temps contre la fondation ebina,car malgres l euphorie autour de cette fondation qui oeuvre depuis des annees à l amelioration des conditions de vie des populations demunies,des personnes de mauvaise foi s activent en coulisse pour que les actions de la fondation ne prenne de l ampleur.car le bon sens et l amour du prochain sont des vertus qu irritent certaines autorites quit à causer prejudice à joe ebina.En effet,depuis quelques annees se tiennent à kinshasa les trophees'' mwana mboka'' ayant pour objectif de recompenser tous les acteurs de la societe s etant distingués chacun dans leur domaine.comme dans la plupart de ce genre d evenement,les nominés sont choisis selon leur merite,y sont nominés: des artistes,journailistes,politiciens,personnalités de la societe civile.pour l edition de cette annee qui aura lieu le 19 mai 2011au grand hotel de kinshasa,le nom de joe wasington ebina avait été proposé au comité d organisation à kinshasa par plusieurs personnes.mais grande fut la surprise de constater l opposition categorique du comité d organisation à cette candidature de joe ebina.voulant savoir plus sur ce refus,on leur fit comprendre tout simplement que le comité d organisation des trophees mwana mboka,avait recu des instructions fermes de brazzaville pour la non nomination de joe ebina.La surprise des pro joe ebina fut grande encore,quand l un des membre du comité leur glissa à l oreille que les nominés aux trophees deboursent chacun une somme de 1.500.000fres cfa et que si meme joe ebina arrivait à payer 10.000.000frs cfa,il ne serait jamais nominé,car les autorités de brazzaville ayant imposées leur veto à la candidature de ce brave congolais qui chaque jour se bat pour ameliorer les conditions de vie des populations,denoncant haut et fort les injustices et l incapacité des pouvoirs publics à assurer leur role.l on nous fait croire tout le temps que tout va bien alors que le bon sens des uns irritent les autorités qui se desinteressent totalement des vrais problemes du peuple.Interrogé à ce sujet,joe ebina a juste fait remarqué que la vraie reconaissance emane de dieu,et du peuple et non d un groupe des corrompus.qui dirait,le reconnaisance ne s achette pas mais se gagne!!!!"

Par Citoyen Libre - Publié dans : Lu pour vous - Communauté : UNION SACREE DE L'OPPOSITION
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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 23:53

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  Par Cisse (SOURCE ABIDJAN.NET)

Défendre Laurent Gbagbo au nom de la lutte contre le néocolonialisme est une tragique erreur, estime l’écrivain ivoirien Tiburce Koffi.


Grosso modo, les réactions des intellectuels du continent africain sur la crise ivoirienne peuvent être regroupées en deux tendances: l’une en faveur du président Alassane Ouattara; l’autre en faveur de Laurent Gbagbo, président déchu par la voix des urnes et qui a refusé jusqu'au bout de céder le pouvoir, s’y agrippant comme le ferait une chauve-souris, à la branche d’un arbre. C’est cette dernière tendance qui intéresse le plus. Un fait étrange: elle est tenue par des intellectuels de renom et (précision de taille) non ivoiriens —ce n’est là ni un délit, ni une tare. Au nombre de ces intellectuels, on compte les Camerounais Célestin Monga et Achille Mbembé, le Guinéen Tierno Monenembo.

Fait frappant: leurs contributions donnent, presque toutes, dans des diatribes aussi inouïes que déplacées contre la France, l’Occident en général, la communauté internationale. Les armes conceptuelles dont ils se servent sont: le panafricanisme de Gbagbo, la souveraineté nationale, la non ingérence, la Françafrique et, bien évidemment, l’impérialisme. A les lire et à les entendre, l’ex-chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo est une victime expiatoire de l’Occident, qui aurait décidé de sévir contre un héros de la lutte de libération du peuple noir, un digne défenseur de la dignité de l’Afrique!

Et nous voilà partis pour le combat d’arrière-garde; ce combat, non pas contre nos propres turpitudes, mais contre l’autre; cet autre c’est, bien sûr, le blanc, l’Occident, l’impérialisme. Et c’est là que j’éprouve des inquiétudes, non pas pour le dénouement de notre crise (je gage que nous lui trouverons une issue profitable à tous), mais pour la qualité et la richesse du débat intellectuel sur la situation que vit mon pays.

L'Occident accusé de tous les maux

Disons-le sans détour: je ne trouve rien d’aussi écœurant venant de ce que nous appelons «l’intelligentsia africaine» que ce «réflexe nègre» qui consiste à toujours accuser (et automatiquement) l’Occident de tous les maux du continent. Dans le fond, qu’y a-t-il de vraiment original dans la crise que connaît mon pays? Un chef d’Etat (noir africain) déchu, qui refuse de céder l’exécutif au vainqueur du scrutin; une armée à la solde de cet ex-chef d’Etat, des milices embrigadées qui, toutes, hurlent au «complot international» afin de sauvegarder leurs privilèges —ces privilèges que le chef a pris soin de leur donner, pour garantir le rapt électoral qu’il avait prévu depuis son accession au pouvoir, en 2000, par une insurrection populaire savamment préparée, etc. Sous les Tropiques, qu’y a-t-il de vraiment nouveau dans cette «affaire»? Cette affaire banale, courante, cette affaire d’une désespérante récurrence qui signe la singularité politique du continent et le condamne, à chaque fois, à des impasses tragiques?

En la matière, et on le sait, M. Gbagbo n’innove pas. Il a de brillants précurseurs, des maîtres: Mugabe (président du Zimbabwe), Dos Santos (dirigeant de l’Angola), Kibaki (chef de l’Etat du Kenya), Tandja (ex-président du Niger) et ses filouteries constitutionnelles, etc. Là-bas, comme en Côte d’Ivoire, l’argument brandi par les usurpateurs du pouvoir reste le même: ce sont les blancs, ces impérialistes, ces néocolonialistes, ces enfoirés, ces racistes, etc. qui veulent les évincer du pouvoir! Les évincer afin d’accaparer les richesses nationales —tiens, je ne savais pas que nos pays étaient si riches, au point de violemment susciter la convoitise de l’Occident vorace. Nos pays, riches! Nos pays, ces Etats (souverains) qui s’en vont pleurnicher souverainement et régulièrement auprès des institutions financières internationales pour avoir de l’aide ou pour pouvoir être reconnus PPTE (Pays pauvres très endettés!). En toute souveraineté! En Afrique, on fait même la fête et des reportages télé sur le don de… quelques latrines offertes à nos populations par quelque ambassade généreuse. C’est cela la riche Afrique!

Non, je ne savais pas que l’Afrique noire était si prospère, cette Afrique-là des masses misérables flirtant quotidiennement avec le manque, l’insécurité permanente, la sous-alimentation, la sous-instruction, l’analphabétisme, la pauvreté et la mort indigne au bout de l’infâme horizon.

Or donc, nos pays sont riches. Mais dites-le moi donc, sombres dirigeants nègres qui maintenez vos peuples dans la misère offensante, pourquoi ne partagez-vous, comme il conviendrait que vous le fassiez, cette richesse, avec tous? Carrosses, châteaux nègres et sécurité pour les uns (le grand chef, sa famille biologique, sa famille politique, sa tribu), misère et mort subite pour les autres (les intellectuels qui refusent la compromission, les jeunesses non embrigadées, la masse des sans avenir —tout un troupeau de miséreux condamnés à brouter dans les pâturages désertiques de la débrouillardise..)

Honteuse supercherie

Et voilà les usurpateurs de l’exécutif, s’habillant allègrement du manteau de grands défenseurs de la liberté des peuples africains opprimés par les blancs; ils se font, subitement, les «Zorro» de la dignité africaine bafouée par l’Occident, des guérilleros acharnés contre l’impérialisme, des hérauts du panafricanisme, du socialisme... et de tous ces «ismes» navrants et ensorcelés qui ne font que nous détourner de l’essentiel: reconnaître et combattre nos propres insuffisances, nos propres laideurs.

Et ce messianisme dont s’affublent trop facilement les chefs d’Etat africains semble amplement suffire à l’entendement de nombre d’intellectuels du continent pour que ces dirigeants-là, des antidémocrates invétérés, des autocrates notoires, des dictateurs aux entournures de criminels, deviennent des chefs d’Etat dont ils se font le devoir de soutenir la cause. Où allons-nous? Pourquoi et comment en arrive-t-on à se tromper, de manière aussi ahurissante, de combat? Le Camerounais Marcel-Duclos Efoudebe a bien perçu la supercherie. Lisons-le:

«Pourquoi faut-il que même des hommes aussi crapuleux que les Kadhafi, Deby, Bongo, Mugabe et autres, du moment qu'ils ‘‘combattent’’ le néocolonialisme, deviennent des héros pour bon nombre d'Africains? La chose est à peine croyable! (…)

«On en vient à se poser des questions qu'on croyait —à tort— banales: est-il si difficile que ça de dire à une crapule qu'elle est une crapule? Dire d'une crapule qu'elle est une crapule est-il si compliqué? Pourquoi est-il si facile de tirer à boulets rouges sur l'Occident, quand il est évident que la crise zimbabwéenne est essentiellement la faute de Mugabe? Et si cette sympathie envers le dictateur traduisait la difficulté que certains de mes compatriotes éprouvent lorsqu'il faut regarder la vérité en face? En un mot: comment est-il possible de se tromper à ce point d'adversaire? Je vais le dire tout net: si les plus cyniques de nos dictateurs jouent sur la fibre "nationaliste", c'est uniquement parce qu'ils ont compris que c'est la seule chose qui leur vaudra l'approbation —implicite ou explicite— d'une frange importante de la population, voire de l'intelligentsia africaine.»

Dangereux nationalisme

Ce texte illustre parfaitement la situation que connait la Côte d’Ivoire. Monga, Mbembe, Beyala, Monemombo et autres oublient (ou feignent d’oublier) que, loin d’avoir une vocation panafricaniste, le régime de Gbagbo a cultivé la xénophobie à outrance, le nationalisme le plus chauvin et le plus dangereux. «Gbagbo 100% pour la Côte d’Ivoire», dit un de ses panneaux de campagne électorale. Ne soyons pas dupes, le décodage de ce texte propagandiste est facile: il s’agit bel et bien du «sang pour (le) sang»! Ce sang qui renvoie aux crimes que l’homme et son régime ont toujours été prêts à verser pour conserver le pouvoir: «Je suis prêt à mourir pour défendre la Côte d’Ivoire», hurle, de nationalisme démentiel, Gbagbo! Mais qui donc lui a dit que notre pays était en danger? Le seul danger qui menace la Côte d’Ivoire s’appelle bel et bien Gbagbo Laurent. «Le pouvoir, j’y suis, j’y reste»; «Alassane devra enjamber mon corps pour arriver au palais présidentiel!», a-t-il clamé.

«100% (sang) pour la Côte d’Ivoire»! La version dangereusement empoisonnée de l’ivoirité telle que détournée par Gbagbo et ses refondateurs. Oui, c’est cette ivoirité-là, affreusement xénophobe et canaille (différente de celle de Bédié), que l’homme et son régime promeuvent, dans des cultes à la nation et au «pur-sang», dignes des transes hitlériennes. Les adversaires de M. Gbagbo sont ainsi brandis aux yeux de la population, manipulée, comme les «candidats de l’étranger» (c’est Gbagbo lui-même qui le dit). La proximité des mots «étrangers» et «candidats» favorise leur association sémantique et crée le déclic dans le cerveau des masses: ce sont des étrangers! Alors, les foules partisanes de Gbagbo, fanatisées, aveuglées et manipulées, peuvent déverser sur Bédié et Ouattara tout leur venin de la haine, leurs frustrations sociales, leurs ressentiments (nés pourtant des maladresses du pouvoir de Gbagbo). Marcel-Duclos Efoudebe note encore, avec bon sens: «Il leur suffit qu’Alassane Ouattara soit présenté comme ‘‘le candidat de l’Occident’’ pour que Laurent Gbagbo devienne un saint.»

Sur ce point précis, Célestin Bedzigui (un autre Camerounais), dans un superbe article intitulé Gbagbo, ce désormais personnage de cirque, écrit ces notes éclairantes: «(…) d’avoir été haut fonctionnaire du FMI vaut à Ouattara d’être présenté par certains comme un agent du néocolonialisme qui ne l’autoriserait pas à gagner une élection.» Conséquemment, «la position de la communauté internationale y compris de l’UA [Union africaine, ndlr] et de la Cédéao [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ndlr] le reconnaissant comme vainqueur et Président légitime de la Côte d’Ivoire serait forcément une manifestation du cheval de Troie du néocolonialisme pour prendre le contrôle de la Côte d’Ivoire». Il peut alors conclure:

«De fait, il se révèle aujourd’hui que certains choisissent de sombrer dans l’ivresse des thèmes incantatoires du genre ‘‘haro sur le néocolonialisme’’ qui autorisent toutes les paresses intellectuelles et leur font faire l’économie de la douleur qu’impose l’analyse critique. Feindre tout à coup d’ignorer l’emprise que, dans les démocraties tropicales d’Afrique francophone, les tenants du pouvoir politique ont sur les structures judiciaires dont les Conseils constitutionnels et autres Cours suprêmes font partie (comme on le voit au Cameroun, Gabon, Congo et j’en passe), découvrir à ces institutions une soudaine virginité d’impartialité et d’objectivité, surtout lorsque l’on est Camerounais et qu’on vit ce que nous savons —le système en Côte d’Ivoire en étant un siamois— ignorer cette emprise disais-je, est une marque de... naïveté ou alors de... puérilité impardonnable, n’en déplaise a certains.»

Souveraineté nationale et dignité africaine

Deux autres des arguments ensorcelés qui agitent la plume de certains intellectuels du continent sont la souveraineté nationale et la dignité africaine. A lire ces intellectuels, le dirigeant noir africain peut, au nom de la «souveraineté nationale» et de la «dignité africaine», se permettre toutes les transgressions: piller l’Etat, bâillonner la presse, appauvrir la population et, pis, tuer tout contestataire. En Afrique, que vaut, finalement, la vie d’un individu? Rien, ou pas grand-chose. «Mais voyons, Tiburce, qu’avez-vous, toi et ton ami Venance, à vous en prendre tant à Gbagbo? Après tout, Gbagbo tue moins que bien des chefs d’Etat africains.» Celui qui me tient ces propos est un honnête et bon journaliste français. Je sais qu’il me chahute, mais le propos est lâché: «Gbagbo tue moins», il tue moins, il tue moins que… donc, il nous faut l’accepter, car il est le moins criminel de tous. Le taux de suppression de vies humaines devient ainsi le critère d’évaluation de nos chefs d’Etat! Merci...

Je me souviens du cri de fureur, sur Radio France Internationale (RFI), de l’écrivain guinéen Tierno Monenembo, au lendemain de la fusillade de septembre 2009 au Stade du 28 septembre, à Conakry. Tierno hurlant de douleur immense comme un fauve blessé, contre le régime criminel de Dadis Camara qui avait fait tirer sur la foule de manifestants. C’était une réaction saine, salutaire; et nous autres, de Côte d’Ivoire, l’ONU, toute la communauté internationale, avons joint nos hurlements d’indignation aux siens, contre l’hyène de Conakry. Mais en ce qui concerne la crise ivoirienne, le même Tierno trouve le génie de prendre (subtilement) fait et cause pour Gbagbo, l’hyène de Cocody qui fait tirer sur les enfants de Côte d’Ivoire et capture l’exécutif; il condamne l’ONU qui, selon lui, «recolonise l’Afrique» (pour avoir reconnu l’élection de Ouattara); il fustige la communauté internationale qui s’en prend au dictateur d’Abidjan, évoque son refus de l’ingérence, la souveraineté nationale, etc. Question: le sang des Guinéens est-il plus important que celui des Ivoiriens?

Sékou Touré, le premier Président de la Guinée, se réclamait du combat contre la France et l’impérialisme. Je crois savoir que Tierno avait fui la Guinée du «vaillant combattant» Sékou Touré pour trouver refuge en Côte d’Ivoire —la Côte d’Ivoire d’Houphouët, bien sûr. Dadis Camara se disait, lui aussi, le héraut de la dignité africaine et le messie de la Guinée. Pourquoi Tierno n’a-t-il pas rejoint ce «noble combat» de Dadis? Pourquoi a-t-il contesté à Dadis Camara le droit souverain d’accaparer le pouvoir et de faire tirer, en toute souveraineté et dignité africaines, sur la foule?

Continuons d’interpeller Tierno: pourquoi vit-il en Europe, se fait-il éditer par des maisons européennes, se plaît-il à recevoir des prix de littérature européens, décernés par ces méchantes puissances occidentales, plutôt que de venir vivre en Afrique, cette gentille Afrique, et participer, aux côtés de ces illustres combattants pour la dignité africaine (Gbagbo, Mugabe et autres), au grand combat libérateur contre l’Occident, l’ONU, etc.? Pourquoi donc Tierno et, à travers lui, tous ces intellectuels du continent, si alertes à s’en prendre à l’Occident, ne restent-ils pas en Afrique pour y développer et mettre en pratique leurs idées généreuses pour le continent, plutôt que de se réfugier chez ces «méchants hommes blancs» et bénéficier des bienfaits de l’historique ennemi?

Thèses obscures et surannées

On le voit, la crise ivoirienne s’offre à l’entendement de certains intellectuels du continent comme le laboratoire idéal pour remuer des thèses obscures et surannées (la condamnation sans appel de l’Occident brandi alors comme l’horrible fantôme qui trouble la quiétude de l’Afrique), et exprimer aussi leur complexe d’ex-colonisés –ce vieux fantasme qui conditionne leur façon d'agir face au blanc. C’est une puérile crise psychosomatique...

«L’ONU n’a pas à décider qui est élu et qui ne l’est pas à la tête d’un pays», ajoute Tierno. Objection, M. le prix Renaudot (prix créé par l’Occident, reconnu par l’ONU, et qu’il a été pourtant fier de recevoir): l’ONU n’a pas décidé du choix du président de la Côte d’Ivoire; elle a tout simplement et logiquement entériné le choix du peuple ivoirien tel qu’exprimé dans les urnes. C’est aussi simple que cela; et cela s’appelle démocratie.

Je repose toujours les mêmes questions aux uns et aux autres: si, à chaque élection, nous nous plaisons à refuser le verdict des urnes, par quelle voie choisirons-nous donc nos chefs d’Etat? Celle des armes? Sommes-nous condamnés, nous les Africains, à demeurer dans l’âge farouche et violent de la conception et l’exercice du pouvoir? Ne savons-nous que faire la guerre pour parvenir au pouvoir? La souveraineté nationale est-elle le bien d’un chef d’Etat ou celui du peuple?

Sur ce dernier point, j’ai la nette impression que de regrettables confusions se sont emparées de l’intelligence de certains intellectuels du continent, et brouillent leur grille de lecture des faits. Il me semble, en effet, que ces «souverainistes» conçoivent la souveraineté comme un droit absolu et divin accordé au prince. Ainsi, Gbagbo et «son» Conseil constitutionnel (composé de copains, de camarades et de sujets —des gens qui lui sont redevables donc) ont le droit inattaquable de refuser le verdict des urnes et de choisir, désigner, eux-mêmes celui qui doit présider aux destinées du pays! Il m’apparaît sage, quant à moi, de dire que la souveraineté est détenue par le peuple; et, en démocratie, ce peuple l’exprime dans les urnes. Et notre peuple, celui de Côte d’Ivoire, a choisi comme président de la République un candidat du nom d’Alassane Ouattara. Toute autre exégèse sur la question n’est qu’une obscure danse de sorciers du jour.

Oui, j’exprime haut et fort mon refus de l’incantation de cette souveraineté nationale, suspecte et dangereuse, qui autorise le prince à occire son peuple et à faire main basse sur l’exécutif; je refuse ce droit de tyranniser, de tuer, que des intellectuels du continent, pour de mystérieuses et mauvaises raisons, accordent trop facilement aux dictateurs des tropiques; je dis non à ce faux culte de la dignité africaine, de la grandeur de l’Afrique, de l’honneur de la race, et tous ces concepts flous, louches, qui dissimulent mal le complexe de l’ex-colonisé; ce complexe qui continue de hanter notre psyché collective, ce mauvais complexe qui parasite et paralyse la capacité de réflexion de nombre de penseurs africains dans leurs lectures de nos tragédies politiques nègres.

Non, Messieurs, la question «nègre» est ailleurs. Et, à mon sens, continuer de rendre l’Occident et le blanc responsables des maux que vit le continent revient en réalité à affirmer que les noirs africains ne sont que de gros enfants, des gros innocents de tout et en tout, des gens sans capacité de décision et d’agir sur le monde.

Le meilleur moyen d’infantiliser l’Africain et de l’empêcher d’entrer dans l’Histoire, c’est de continuer à le dépeindre comme une victime des puissances occidentales. Assumons nos turpitudes, nos égarements, nos obscurités aussi bien que nos Lumières car, oui, nous avons, nous aussi, des lumières. Servons-nous de ces lumières pour nous éclairer, en évacuant de nos cerveaux le fantôme du blanc méchant.

Par Citoyen Libre - Publié dans : Lu pour vous
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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 04:46

Interview /  Publié le lundi 17 janvier 2011 | Le Patriote © Reuters Vos outils IMPRIMER REAGISSEZ PARTAGEZ Videos Crise post électorale / Comment abattre une monnaie propre à l’Etat de CI ? Interview de Dr Zako Christophe et Raïc Kablan (2) - RTI - 13/1/2011 Dossier Contestation des résultats de la présidentielle 2010

 

 

 

 

Le Premier ministre Guillaume Soro, depuis le début de la crise postélectorale, est décidément sur tous les fronts. Dans cette interview accordée à la presse nationale, le chef du gouvernement revient sur l’origine de la crise, le hold-up électoral de Laurent Gbagbo, le soutien de la communauté internationale et les actions que compte mener le gouvernement du président Alassane Dramane Ouattara pour faire plier Laurent Gbagbo. Interview. Monsieur le Premier ministre, une polémique est entretenue sur les résultats de la présidentielle du 28 novembre. Le camp Gbagbo conteste la validité de ses résultats, reprochant à la Cei de les avoir proclamés hors délai. Pouvez-vous revenir sur les faits pour éclairer l’opinion ? - Merci de me donner l’opportunité, en tant que maître d’ouvrage du processus de sortie de crise et donc du processus électoral, de dire la vérité sur les grands et petits mensonges qui sont distillés au sein de la population. Je trouve cela totalement abject de mentir. Profitant de l’ignorance de certains, abusant du manque d’information de la population, on trompe les Ivoiriens. Le code électoral de Côte d’Ivoire existe. La Constitution de la Côte d’Ivoire existe. Les élections que nous avons mis trois ans à préparer, ont été des élections démocratiques, transparentes sur l’ensemble du territoire, au-delà de nos espérances. On sait très bien comment le scrutin a été organisé dans certains pays en sortie de crise. En Irak, en Afghanistan, en Sierra-Léone, au Libéria. Les élections que nous avons organisées devraient tenir lieu de modèle pour l’Afrique, parce que nous avons mis du temps, c’est vrai, mais nous avons préparé avec minutie cette élection. A commencer par la liste électorale qui a été vérifiée, recoupée et revérifiée dans tous les sens jusqu’à ce que chacun en ait été satisfait. N’oubliez pas le rôle prépondérant de l’Ins (Institut National de la Statistique) de M. Méleu Mathieu dans la confection de la liste et dans la traque aux fraudeurs sur la liste. On les a traqués par voie informatique et par voie manuelle. Personne n’aurait laissé passer des fraudeurs sur la liste. Elle a été sanctuarisée. Donc la liste a été bonne pour aller à l’élection. Après la liste, les opérations de vote ont été regardées méticuleusement. Reprenez les reportages de la Rti sur le premier tour. Tout le monde était fier, heureux, content, à la limite de la jubilation, pour la qualité du premier tour. Chacun a accepté les résultats. Personne n’a eu à redire. Entre les deux tours, j’ai réuni les opérationnels, toutes les structures nationales pour améliorer encore les choses. Parce qu’on avait constaté certaines défaillances : retards dans l’arrivée des bulletins de vote et dans la mise en place. Nous avons pris des dispositions additionnelles pour faire en sorte que le second tour soit impeccable. C’est ce qui s’est passé. Au second tour, les premiers reportages montraient un Fologo heureux, qui disait que ça s’était bien passé et qu’il avait voté. On ne dirait même pas que c’était à Sinématiali, dans son village, qu’il avait voté. Dans les villes comme Tengrela, partout, tous les reportages donnaient un satisfecit au second tour. Donc l’élection s’est déroulée de façon transparente et démocratique. Les observateurs internationaux l’ont dit, notre télévision nationale aussi l’a dit. Pour moi, la mission était accomplie. Ce n’est qu’au deuxième jour, troisième jour après le vote que, les tendances se précisant plus ou moins, on a commencé à découvrir subitement qu’il y avait eu des fraudes. Mais, je reviendrai sur la question spécifique de la fraude. Pour aborder la question spécifique que vous m’avez posée sur le délai prescrit par le code électoral et la Constitution, c’est clair. Je veux qu’un juriste sérieux vienne établir ici, qu’on a dit que la Cei avait trois jours pour proclamer les résultats. Ça n’existe dans aucun texte de loi. Ni dans le code, ni dans la constitution. Il est dit que la Cei a trois jours pour transmettre les procès-verbaux au Conseil constitutionnel. C’est ce que mes juristes ont dit. Je vous précise que les juristes de la Primature ont écrit les textes avec ceux de la Cei. Quand les bulletins viennent avec les Pv et autres documents, la Cei a trois jours pour les compiler, les organiser dans des sacs pour les envoyer au Conseil constitutionnel, au Représentant du Secrétaire général des Nations Unies et au Représentant du facilitateur, c’est tout. Maintenant, la Cei à son rythme que nous avons toujours voulu accélérer, proclame les résultats. Sinon, pourquoi on peut contraindre une commission électorale à proclamer les résultats trois jours après le vote, et pas le même jour ? Pourquoi pas une semaine ? Donc, il n’y a pas de délai de forclusion. Ça, c’est le premier mensonge qu’il faut lever. On a abusé du droit. La preuve, au premier tour, le résultat a été proclamé après trois jours. On a aussi interrogé pourquoi le président de la Cei est venu proclamer les résultats au Golf hôtel. Nous étions dans une ambiance dangereuse du point de vue sécuritaire. Le président de la Cei a reçu, à son domicile, la visite des gendarmes. L’institution Cei même, son siège a été occupé par des miliciens et la garde républicaine en arme. Mais, c’est un acte grave et antidémocratique. Au point où, pour assurer la sécurité des membres de la Cei, on était obligé de demander à l’Onuci d’aller faire des patrouilles pour essayer de rassurer les membres de la commission, tellement ils étaient terrorisés par la garde républicaine. C’est alors que le président de la Cei m’a appelé pour me dire : « Je suis en danger. Monsieur le Premier ministre, vous êtes le chargé de la sortie de crise, est-ce que vous pouvez me sécuriser parce que ça ne va pas ?» Je lui ai donc proposé de venir me voir au Golf. Le président de la Cei est venu au Golf. Il avait les résultats. Il m’a dit : « Monsieur le Premier ministre, je veux proclamer les résultats mais je sais que si je vais à la Cei, je peux être tué. » Parce qu’il recevait des menaces de mort sur son portable. Je lui ai dit, Monsieur le président de la Cei, ce que je vous suggère c’est qu’on trouve comment vous allez proclamer ces résultats. J’ai appelé moi-même le président de la République pour lui dire, Monsieur le président, laissons la Cei faire son travail et proclamer son résultat. Je suis même allé le voir pour lui dire de laisser la Cei donner les résultats. Il a promis me rappeler, il ne l’a pas fait. Et on a compris que la situation était dangereuse pour le président de la Cei qui devait proclamer les résultats alors que le siège de la Cei est investi. Mais, personne n’est dupe ! Le jeu était clair : Empêcher la proclamation des résultats par la Cei pour que le Conseil constitutionnel s’autosaisisse et proclame des résultats que vous savez. Face à cette ruse bien cynique, le président de la Cei m’a dit : « Monsieur le Premier ministre, je prends mes responsabilités. Je ne veux pas que l’histoire retienne de moi que je n’ai pas rempli ma mission. Les résultats sont là, je peux vous les donner au téléphone, c’est Monsieur Ouattara qui a gagné. Donc, je prends mes responsabilités, je vais proclamer les résultats ici au Golf. » On fait croire que c’était le Qg de Monsieur Ouattara, ce n’est pas vrai. C’est moi qui ai toujours été ici au Golf. J’en veux pour preuve, le jour où Alcide Djédjé et Géraldine Odéhouri, envoyés du président Gbagbo, venaient pour m’annoncer la dissolution du gouvernement et de la Cei, c’est au Golf qu’ils m’ont trouvé. Donc tout le monde sait que c’est moi qui suis au Golf. De toute façon, il les aurait proclamés à l’hôtel Tiama ou à l’hôtel Ivoire, ça n’enlèverait rien à la sincérité du résultat qui a été proclamé par le président de la Cei. Donc, c’est encore un gros mensonge. - Monsieur le Premier ministre, on dit aussi qu’il était tout seul lorsqu’il proclamait les résultats… Montrez-moi un seul article du code électoral, ou du règlement de la Cei ou de la Constitution qui dit que quand le président de la Cei doit proclamer des résultats, il doit être entouré de tout le monde. Il n’y a pas deux présidents de la Cei. Donc il avait autorité, pouvoir et mandat de proclamer au nom de la commission les résultats. Quand, en 2000, M. Honoré Guié proclamait les résultats, se faisait-il accompagner de toute sa commission ? Arrêtons ! Quand M. Bamba Yacouba proclamait les résultats du premier tour au fur et à mesure, se faisait-il entourer de gens ? Est-ce pour autant que c’était moins légitime, moins légal ? Ce sont des artifices, ce sont de gros mensonges. Les résultats de la Cei sont des résultats vrais. Il y avait cinq sources de comptage. Il y avait M. Choï, M. Badini et moi-même, je me suis donné les moyens de compter. La Cei comptait les résultats et le Conseil constitutionnel avait les bulletins. Nous avons tous compté, et nous avons trouvé les mêmes résultats. Même le Conseil constitutionnel a trouvé les mêmes voix que nous. Mais, aujourd’hui on parle de recomptage des voix. Cette revendication n’est-elle pas opportune ? Les résultats ont été comptés par des sources différentes et on a trouvé les mêmes résultats. C’est du dilatoire pour gagner du temps à des fins que j’ignore. Il faut que la République soit sérieuse ! Il y a quand même des institutions qui ont fait leur travail. Le Conseil constitutionnel n’a pas pour rôle de compter les bulletins de vote. Parce que dans une République, on ne peut pas créer deux institutions pour faire exactement le même travail ! La République organisée est plus sérieuse que ça. Le travail de la Cei, c’est de compter les bulletins de vote et de proclamer les résultats. Le Conseil constitutionnel reçoit les réclamations et apprécie l’environnement électoral et la sincérité du vote. On a été un peu surpris parce qu’au cours de la journée du 28 novembre, les informations qui nous parvenaient faisaient plutôt état d’empêchements et d’exactions sur certaines populations dans le Centre-ouest. Il y a même eu des morts. A la fin du scrutin, on nous informe qu’il y a eu des fraudes massives au Nord, qu’on a même empêché certains représentants du candidat Lmp d’avoir accès à leurs bureaux de vote et finalement, la question des fraudes au Nord a conduit le Conseil constitutionnel à légitimer un peu l’évaluation de certains observateurs. Qu’est-ce qui s’est passé, d’autant plus que les préfets disent que tout s’est bien passé ? Voilà encore un gros mensonge. La République foisonne de mensonges. Première chose : pour justifier l’invalidation du scrutin dans sept départements au Nord, on dit qu’au premier tour, il y a des bureaux de vote qui ont été invalidés dans la ville de Paris. On peut en faire autant au Nord. C’est injustifié ! Ce qui s’est passé à Paris, c’est que les violences ont eu lieu dans les bureaux de vote. C’est-à-dire qu’on a porté atteinte à l’intégrité des urnes à Paris. Ce qui justifiait que certains bureaux de vote aient été annulés. Mieux, ce n’est pas parce que dans un bureau de vote à Paris, qu’on va annuler le vote pour toute la France. C’est incongru ! Au Nord, on dit qu’il y a eu des violences dans les rues, donc on va annuler le vote. Non ! Il y a eu des incidents au Nord. Quand on me dit que M. Alphonse Douati a été bloqué à un poste de contrôle, ce n’est pas un bureau de vote ! Ce sont des mensonges, c’est de la manipulation, c’est de la démagogie ! On dit que quelqu’un a été bloqué à un poste de contrôle, donc il a été pris en otage, encore que l’information est fausse. Mais est-ce qu’il y a un bureau de vote à un poste de contrôle ? Pourquoi donc annuler le vote parce qu’un ministre a été bloqué à un poste de contrôle ? Deuxièmement, à Korhogo, le véhicule de Lanciné Gbon a été cassé par des jeunes. Son véhicule est-il un bureau de vote pour qu’on annule le scrutin? Voilà le mensonge qu’on sert aux gens. M. le Premier ministre, on a reproché aussi aux Forces nouvelles d’avoir transporté les urnes, alors qu’elles ne sont pas habilitées à le faire ? Ce sont des histoires. A supposer même que ce soit vrai. Qu’on ait transporté les urnes. Le PV de dépouillement, c’est dans le bureau de vote et non dans le transport ! C’est après le dépouillement que le PV est signé ! Qu’on ait transporté les urnes n’entache pas ce PV qui a été signé dans le bureau de vote! Il faut que les Ivoiriens sachent que le vote a été transparent. Les fraudes dont on parle n’ont existé que dans l’esprit de ceux qui veulent confisquer le pouvoir. Je demande à M. Méité de mettre à votre disposition le rapport du Centre de commandement intégré qui est clair. Il dit qu’à l’Ouest et au Sud-ouest, il y a eu empêchement de vote des allogènes. Et vous verrez qu’entre les violences au Nord et celles au Sud et il n’y a aucune commune mesure. Qu’on laisse donc le peuple de Côte d’Ivoire qui s’est exprimé à un taux de 84% au premier tour, et de 81% au second tour. On ne peut pas voler ni blesser la dignité et la souveraineté du peuple ivoirien. L’autre argument qui est avancé, c’est que dans certains départements au Nord, le nombre de votants est supérieur au nombre d’inscrits sur la liste. On dit aussi qu’il y aurait dans environ 500 bureaux de vote, zéro voix pour le candidat Lmp, alors qu’il y avait des représentants. C’est ce qu’on appelle la manipulation. Ces gens ont vraiment appris de bonnes leçons du nazisme au temps d’Hitler et du bolchévisme. Au premier tour, Francis Wodié a eu zéro voix dans beaucoup de bureaux de vote. Il était supposé y avoir des représentants. M. Mabri Toikeuse aussi a eu zéro voix dans des bureaux de vote. Il était également supposé y avoir des représentants. Donc, au second tour, Gbagbo a eu zéro voix dans des bureaux de vote, comme MM. Mabri et Wodié, et comme tous ceux qui ont eu zéro voix ! Où est le problème ? Mais mieux, du point de vue technique, vous pouvez avoir zéro voix dans des bureaux de vote, bien que vous y ayez des représentants. Que s’est-il passé au second tour ? Les membres de La majorité présidentielle ont affirmé – et il me l’ont confié - qu’au Nord, leurs représentants dans les bureaux de vote étaient des achetés ; ils n’auraient pas fait leur travail au premier tour. Pour s’assurer que leurs représentants au second tour seraient des gens fiables, ils ont décidé, à coût de cars remplis de jeunes à Abidjan, de les envoyer au Nord pour être leurs représentants dans les bureaux de vote. Vous savez le principe de cette élection : vous votez là où vous avez été inscrit. Comme moi, Premier ministre, j’ai été inscrit à Bassam, je quittais Abidjan pour aller y voter. Si vous prenez des jeunes à Abidjan pour les faire représentants dans les bureaux de vote au Nord, puisqu’ils n’y sont pas inscrits, ils ne peuvent pas voter, bien que représentants d’un candidat. C’est ce qui explique que vous avez zéro voix parce que même vos représentants ne peuvent pas voter dans ces bureaux de vote. Voilà la manipulation et le mensonge. Et les gens mentent avec les yeux ouverts devant tout le monde. Concernant la disproportion, du point de vue strictement technique, si vous prenez les élections de 2000, les militaires avaient le droit de voter deux ou trois jours avant l’ensemble de la population. Quand nous sommes allés à Ouagadougou, la Cei nous a proposé de faire voter les militaires et les personnels d’astreinte avant les autres. C’est Gbagbo lui-même et tous les autres qui ont dit, non non, il faut qu’on vote tous ensemble. On a affecté au Nord près de 4000 policiers, gendarmes et militaires. Et le personnel d’astreinte, c’est-à-dire, tous ceux qui sont obligés d’être là-bas, pour des raisons de fonction, de mission, les militaires, les agents de la Cei, les superviseurs, les magistrats, etc. Comme ils devaient voter le même jour et qu’on avait limité le nombre d’inscrits à 400, si vous voyez dans un bureau de vote 402 inscrits, cela veut dire qu’il y a eu deux personnels d’astreinte qui y ont voté. Mais, pour qu’ils aient accès au vote, il fallait un ordre de mission dûment signé, pour les militaires, par le Gal Mangou Philippe, qu’il ait sa carte d’électeur et que son nom soit inscrit sur la liste des personnels d’astreinte. Encore que, Messieurs les journalistes, vérifiez bien si un seul bureau de vote a atteint les 100% d’électeurs votants. Ce sont des mensonges encore qui sont livrés ! On dit que cela s’est passé dans 2000 bureaux de vote. On m’informe que malgré les personnels d’astreinte, on ne pouvait pas atteindre les 100% dans les bureaux de vote. Parce qu’entre le premier tour et le second, il y a eu des gens qui sont tombés malades. Ce phénomène-là, ce n’est pas au Nord seulement. On dit qu’au Nord, il y a eu plus de votants que d’inscrits. Le premier mensonge c’est ça. C’est sur l’ensemble du territoire que le personnel d’astreinte a été déployé. Tout n’est que mensonge. Rien que pour justifier la confiscation du pouvoir. Il y a une autre préoccupation qui est celle de la certification par rapport au Conseil constitutionnel. Pouvez-vous nous éclairer sur le compromis qui a abouti à cette certification ? - Je suis un témoin vivant. Et il faut que je clarifie. Après le 19 septembre 2002, l’élection devait se tenir en 2005. Il nous fallait mettre en place une commission électorale indépendante. Le Fpi (ndlr, Front populaire ivoirien, parti de Laurent Gbagbo) disait à l’époque qu’il ne voulait pas du Mpci dans la commission électorale et il y a eu un blocage. Nous avons alors dit que si nous n’entrons pas dans la commission, il n’y a pas d’élection. Le président Mbeki nous a appelés à Pretoria. On nous a dit de constituer la commission à raison de deux représentants par force politique signataire de l’Accord de Marcoussis. Le Fpi disait qu’il fait une concession mais qu’en échange, le Mpci et le Mpigo devaient avoir un seul représentant chacun. J’ai dit qu’il n’en était pas question. Il y a eu un blocage. Le président Mbeki m’a posé la question suivante: « Monsieur Soro, qu’est-ce qu’il vous faut pour que vous désarmiez et qu’on ait l’élection ? » Je lui ai alors dit que mon premier problème, c’est qu’il faut que je sois dans la commission électorale comme tous les autres. Ensuite, il faut que j’ai confiance en l’élection, que celle-ci sera propre. Or, je n’ai pas confiance en l’Ins (ndlr, Institut national de la statistique) parce qu’elle est dirigée par un proche de Gbagbo. Ma fermeté était à la limite de l’agacement. Le président Mbeki a fini par me demander : « Monsieur Soro, qu’est-ce qu’on fait ? » J’ai alors proposé que l’Onu vienne organiser les élections en Côte d’Ivoire. Entre le péril de l’organisation d’une élection par l’Onu et accepter que les Forces nouvelles aient deux représentants à la Cei, Gbagbo Laurent a accepté que nous ayons nos deux représentants. Entretemps, ma proposition a fait tilt dans la tête de Mbeki et il a posé la question à Koffi Annan. Le Secrétaire général de l’Onu a répondu que pour que l’organisation organise les élections en Côte d’Ivoire, il faut que le pays soit déclaré en faillite. Comme jusqu’à présent les institutions fonctionnent, l’Onu ne pourra pas organiser les élections mais elle a déjà l’expérience d’une implication forte dans l’organisation des élections. Quand Mbeki nous a fait la proposition, nous avons tous accepté, y compris Gbagbo. Voilà comment on a créé dans l’Accord de Pretoria, le poste de Haut représentant chargé des élections. Ce poste a été occupé par Monteiro et Gérard Stoudman. C’est à la faveur de l’Accord politique de Ouagadougou que nous avons dit, comme c’est une réappropriation du dossier ivoirien par les Ivoiriens, pour réduire l’implication des Nations Unies, on peut supprimer le poste de Haut représentant chargé des élections pour en confier les prérogatives au Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu. Je suis un témoin vivant. Vous savez, parmi nous les leaders, je suis le doyen des accords ; Bédié était le doyen d’âge. Bédié, Ouattara et Gbagbo n’étaient pas à Lomé (ndlr, premières négociations sous la houlette de Gnassingbé Eyadema), moi si. Ensuite on s’est retrouvés à Marcoussis. Choi a donc mis en place une Cellule élections au sein de l’Onuci. Il est donc clair que nous étions tous d’accord que l’Onu qui, au-dessus de la mêlée et de tout soupçon, devrait, par son implication, trancher la question si d’aventure il y avait matière à contestation. Nous nous étions mis d’accord pour reconnaître celui dont la victoire serait déclarée par l’Onu. Donc, l’Onu est parfaitement dans son rôle de certification. Le représentant du secrétaire général devait-il certifier les résultats avant ou après la décision du Conseil constitutionnel ? Le Représentant spécial du Secrétaire général devait certifier les élections après les institutions nationales. Et, c’est ce qu’il a fait. Au premier tour, il a attendu que les institutions nationales se prononcent et il a certifié. Pourquoi les gens n’ont pas crié à l’époque ? Alors, quand on gagne au premier tour et qu’on est en tête, tout va bien, on applaudit l’Onu. Mais, quand on perd au second tour, ils deviennent des démons. C’est de la manipulation. Que personne ne se laisse tromper par cette diversion. On note beaucoup d’efforts entrepris par votre gouvernement malgré les contraintes. Mais, après plus d’un mois, la situation n’a pas véritablement évolué sur le terrain. Votre adversaire continue de tenir les rênes du pouvoir, la population commence à se poser des questions. Comment comptez-vous gérer cette situation alors que les populations sont soumises à des violations des droits de l’homme ? Sur la question des droits de l’homme, je suis personnellement choqué. Parce qu’aujourd’hui, nous sommes à plus de trois cent morts. Evidemment, vous me direz que l’Onu a annoncé 274 morts. Mais, comme ils sont lents par rapport à nous, ils n’ont pas les mêmes méthodes de comptage que nous, dans une semaine, vous verrez que l’Onu va franchir le cap de trois cents morts. Comparaison n’est pas raison, mais en Tunisie il y a eu 67 morts. Donc le président tunisien a quitté le pouvoir parce qu’il a une haute idée de l’Etat. Mais, chez nous ici, comme on nous a dit que 1000 morts ce n’est rien, on est à trois cents morts. Quelqu’un qui a une haute idée de l’Etat, de son pays, aurait quitté depuis, même s’il considère par extraordinaire qu’il avait vraiment gagné les élections, comme Ben Ali les a gagnées en Tunisie, sans conteste. Mais parce qu’il aime le pays, il aime les Ivoiriens, il aurait pu partir pour épargner la vie d’innocentes personnes. Donc on peut même catégoriser les dictateurs : les sans-pitié et les éclairés qui aiment leur pays. Sur la question des droits de l’homme, je pense que ça ne va pas rester sans conséquence. Le gouvernement a écrit au Cpi pour que les gens viennent faire des enquêtes. Des innocents meurent dans les quartiers tout simplement parce qu’ils sont stigmatisés, leur seul crime, c’est d’avoir voté un candidat, ou même d’appartenir à la même ethnie que lui ou au même groupe communautaire. Ce sont des choses intolérables qu’on ne peut pas accepter. Vous dites que ça fait plus d’un mois, que les choses n’ont pas évolué. Je n’ai pas la même lecture que vous. C’est vrai, vous pouvez être impatient, les Ivoiriens peuvent l’être. C’est totalement compréhensible, face aux difficultés du quotidien, l’économie qui tourne au ralenti. Mais, soyons objectifs. Après la proclamation des résultats, Gbagbo avait tout le pouvoir entre ses mains. Il avait le contrôle de la diplomatie, des finances, de l’administration. A ce jour, un mois après, faisons un bilan. Au plan de la diplomatie, qui nomme les ambassadeurs ? Ce n’est pas Gbagbo, c’est M. Ouattara. On peut quand même considérer que M. Ouattara a pris 98% du pouvoir dans la diplomatie et que Gbagbo a perdu 98% du pouvoir. Parce que c’est M. Ouattara qui nomme les ambassadeurs et on va continuer de nommer les ambassadeurs. Au titre des finances publiques, vous le savez bien, au lendemain de l’élection, de la proclamation des résultats, Gbagbo avait tout le contrôle, la signature sur tous les comptes de la Côte d’Ivoire. Il maîtrisait tout le circuit financier. Mais, un mois après, c’est Ouattara qui a la signature à la Bceao, c’est lui qui a le contrôle des comptes de l’Etat de côte d’Ivoire. Ce qui oblige le gouvernement actuel à envoyer, comme des gangsters, des hommes avec des armes dans les banques, etc. Mais la situation va aller en s’améliorant pour le gouvernement Ouattara. Donc on peut quand même considérer que Ouattara qui avait 0% de pouvoir là-bas, a pris du pouvoir dans les finances publiques. Au titre de l’administration, tout le monde sait que celle-ci ne fonctionne plus. Vous qui êtes journalistes, passez dans les bureaux, dans les ministères, à la primature, etc. Ils ont des difficultés pour trouver des gens pour travailler. Donc ça montre bien le progrès qu’il y a eu à ce niveau. Mais mieux, au niveau de la défense, l’institution Armée, telle qu’elle est organisée, devrait, du dernier soldat au plus haut chef, répondre de Gbagbo. Mais vous savez très bien que maintenant, il y a des officiers supérieurs qui nous ont rejoints. Quand j’ai nommé mon directeur de cabinet, on a dit qu’il est à la retraite. Mais le colonel-major Diomandé Megnan qui vient de nous rejoindre, Koné Mamadou qui vient également de nous rejoindre, et bien d’autres que je ne cite pas maintenant, avec qui nous parlons, avec qui nous organisons le ministère de la Défense, eux ils sont en fonction, ils sont dans l’armée où ils ont occupé des postes importants. Donc les lignes dans l’armée sont en train de bouger. Aujourd’hui, à combien peut-on estimer les officiers généraux de l’armée qui sont dans votre camp ? Ce n’est pas important. Je dis simplement que les lignes sont en train de bouger. On a vu un comportement des différentes forces quelque peu différent de ce qu’on aurait vu en 2002, ou en 2005. Ce n’est vraiment plus la même réaction. Cela montre bien que l’armée est consciente. Le vrai problème qui s’est posé pour notre armée, c’est que des généraux comme le général Mangou nous ont mis dans la crise en allant faire allégeance à un candidat qui se proclamait élu avant même qu’il ait prêté serment. Parce que dans une République, à supposer même que Gbagbo serait élu, l’armée aurait dû attendre qu’il prête serment. C’est après sa prestation de serment qu’on vient faire allégeance à ce moment à un président à qui le pouvoir est officiellement dévolu. Mais quand vous le faites avant même qu’il ait prêté serment, et non pas au palais, mais à sa résidence, c’est un coup d’Etat. Est-ce que ce n’était pas prévisible. Parce que Gbagbo leur a dit si je tombe, vous tombez. Et avant les élections il avait dit, j’y suis j’y reste. Ce sont des propos de campagne, de propagande. Je parle de la République. Parce que, quand un candidat dit j’y suis j’y reste, c’est sa volonté. C’est même un souhait, peut-être un vœu. Mais je parle de la République. La République qui est organisée avec une constitution, des lois, des piliers. On ne va pas faire allégeance à un président qui n’a pas encore prêté serment. En le faisant, c’est la forfaiture. Parce que l’armée aurait pu dire, Ivoiriens, Ivoiriennes, nous avons deux Institutions importantes de notre pays qui ont donné deux résultats différents. Nous militaires qui ne faisons pas la politique, ne comprenons rien là-dedans, nous en appelons au Premier ministre qui a conduit le processus électoral, pour qu’il rapproche les deux institutions pour nous dire exactement ce qu’il en est, pour que l’armée puisse jouer son rôle régalien. Vous ne pensez pas que la situation aurait été différente ? Cela aurait été plus intelligent, cela aurait été républicain. Pourquoi l’armée choisit de suivre le Conseil constitutionnel et non pas la Cei ? En se comportant comme ils l’ont fait, c’était de la forfaiture, ils ont plongé la Côte d’Ivoire. M. le premier ministre, de plus en plus, les observateurs parlent d’un troisième candidat qui serait l’armée. Cela signifie que, comme les deux candidats se battent, pourquoi l’armée, au lieu de faire allégeance, ne prendrait pas le pouvoir pour une transition ? L’époque des armées est finie, avec l’exemple en Guinée. Même en Tunisie, l’armée n’est pas en train de prendre le pouvoir. L’armée est faite pour être dans les casernes et pour défendre la nation. C’est terminé. Même si quelques uns avaient cette prétention, ils doivent donc savoir que personne ne laisserait faire, ni la communauté internationale ni même l’opinion nationale. L’armée doit respecter les règles de l’Etat. Aujourd’hui, il y a eu une élection démocratique et transparente. Donc, l’armée doit s’incliner et faire allégeance au président qui est sorti des urnes. Que dites-vous lorsque le général Philippe Mangou accuse le camp Ouattara, dont vous êtes le Premier ministre, d’organiser les combats d’Abobo ? Je dois dire que personnellement, je suis déçu du général Philippe Mangou. C’est personnel. Peut-être que je n’aurais pas dû le dire. Parce que c’est un monsieur que j’ai su apprécier. C’est un fils de pasteur, lui-même très pétri de la foi chrétienne. Il ne fait pas un discours sans évoquer sa foi chrétienne et sa croyance en Dieu. J’ai pensé qu’il aurait suivi la vérité. Encore que même si tu n’as pas eu le courage de dire la vérité, de suivre la vérité, on peut être modeste dans ses propos. C’est un bel homme qui est intelligent, il est très éloquent. Je souhaite qu’il ne gâche pas le crédit et la sympathie que les Ivoiriens ont eus pour lui. Il n’a pas besoin d’attaquer le président Alassane Ouattara. On ne sait pas ce que demain nous réserve. Nous avons vu des gens qui étaient solidement attachés au pouvoir qui sont partis. Ben Ali a fait 23 ans au pouvoir et un matin il a été surpris. Oui, c’est vrai que Philippe Mangou peut croire en Gbagbo, mais Gbagbo peut partir. Et demain, il se retrouvera face à ceux qu’il a insultés, vilipendés et traités de tous les noms. Ce conseil que je donne est valable pour nous tous. Quand on vous donne une responsabilité, vous l’assumez de la façon la plus juste et objective possible. Vous n’avez pas besoin de vous faire des ennemis inutiles. Parce que parler à M. Ouattara et de nous de cette façon, ce n’est pas nécessaire, ce n’est pas utile. Il aurait pu faire sa déclaration pour dire il y a eu des évènements à Abobo, nous ne savons pas de qui cela vient, nous allons aller mettre de l’ordre. Il nous aurait paru plus responsable, plus sérieux. Que savez-vous des évènements d’Abobo ? Que pouvez-vous dire pour rassurer la population ? Nous savons que la répression a été féroce sur Abobo. Cette commune a payé un lourd tribut à la crise. Des populations civiles aux mains nues ont été exécutées. Des Libériens ont coupé têtes et bras des civils. Les populations se sont organisées pour résister. Non pas parce qu’elles veulent se battre, mais parce que c’est la défense légitime. Quand vous êtes dans votre maison que la nuit, on vient vous sortir pour vous abattre, vous avez quand même le droit de dire que vous voulez vivre. Vous avez le droit de vous organiser avec des casseroles, pour les taper afin d’alerter les autres et vous défendre. J’appelle cela de la défense légitime. Que répondez-vous à l’accusation du camp Gbagbo qui dit que les Fn ont infiltré la commune ? (Rire). Je ne crois pas. Ils ont si peur des Fn ? Vous savez, on aurait pu simplement donner un ordre au général Bakayoko d’attaquer Tiébissou, Duekoué, d’avancer sur Yamoussoukro. Mais j’ai dit non à ce que les FaFn avancent. Ma philosophie est simple. Le président Ouattara a autorité sur la Côte d’Ivoire. Un président soucieux de l’unité de son pays, de l’unification de son armée, ne peut pas dire à une partie d’attaquer l’autre. En tant que ministre de la Défense, j’ai deux forces armées. Je ne peux dire aux FaFn d’attaquer les Fanci. Ce que je dois dire aux FaFn et aux Fanci, c’est qu’elles se mettent d’accord, discutent. Voilà pourquoi quand les FaFn sont rentrées à Tiébissou et Duékoué, où elles avaient pris de l’armement, je suis intervenu pour leur dire de rendre les armes. Elles appartiennent à la Côte d’Ivoire. Quand les jeunes ici, au Golf, étaient excédés, et sont allés déloger la garde républicaine qui était dans les environs, j’ai dit au Général Gueu d’appeler Mangou pour leur remettre leurs armes qu’ils avaient saisies. C’est la même armée. On doit les unifier. Elles ne doivent pas se tirer dessus. C’est cela la réalité. Si je ne l’ai pas fait à Bouaké, pourquoi voulez-vous qu’on en infiltre à Abobo ? C’est illogique, c’est un mensonge. Sinon, il me serait simple, parce que les Forces armées des Forces nouvelles ont des armes de guerre. Et, aujourd’hui, j’en parle avec assurance parce qu’on a des armes. Vous avez indiqué que les FaFn étaient prêtes à appuyer les troupes de l’Ecomog. Ce sera en ce moment l’application du droit international et de la légalité internationale. En ce moment, on tiendrait un discours clair aux Fanci : « Qui sont ceux d’entre vous qui rentrent dans la République ? Ceux qui se mettraient au banc du droit international et de la légalité internationale, seront traités comme tel. Mais ceux qui rejoindraient le camp de la légitime force, du droit international et de la légalité internationale, s’embrasseront avec les FaFn et les forces de l’Eomog », pour chasser la milice privée de Gbagbo. C’est différent dans la conception et dans la nuance. Les forces armées sont à l’écoute de la communauté nationale et internationale. Donc, le jour où les forces de l’Ecomog viendront, on dira à Mangou qu’il a le choix : « Est-ce que tu décides de suivre Gbagbo dans l’illégalité, dans l’illégitimité, dans la forfaiture et dans la confiscation du pouvoir ? En ce moment, nous te considérons comme étant rebelle et tu seras traité comme tel. Ou bien tu suis le droit international et la légitimité internationale donc la légitimité et la légalité du président élu. » S’il dit oui, il n’y aura pas de raison de le combattre. A quoi les Ivoiriens doivent-ils s’attendre quand on voit les limites du règlement pacifique de cette crise ? A quand l’arrivée des troupes de l’Ecomog ? Vous savez très bien que la semaine prochaine, l’Ecomog se réunit à Bamako (Mali). Ce sera à eux de déterminer la date de leur action en Côte d’Ivoire. Ceci dit, je considère que les problèmes de la Côte d’Ivoire dépassent ses frontières. Nous assistons dans notre pays à la survie de la démocratie. Le peuple a élu démocratiquement un président de la République. Soit la communauté internationale se mobilise pour que la démocratie s’ancre dans notre société, comme le monde entier s’est mobilisé pour que le mur de Berlin chute, pour qu’on passe, en Afrique, du parti unique au multipartisme, c’est le même défi. En 1990, tous les pays ont basculé dans le pluralisme politique. Soit en Côte d’Ivoire, on échoue à restaurer la souveraineté du peuple, à restaurer la démocratie et c’est un recul aux présidences à vie. Pourquoi ? Vous laissez le peuple voter comme il veut, et puis le Conseil constitutionnel à votre disposition nomme le président de la République, supprimant ainsi le suffrage exprimé par les populations. Face à cela et aux tueries en Côte d’Ivoire, moi je revendique le droit d’ingérence pour stopper le chaos. S’il y avait eu ce droit d’ingérence au Rwanda, on n’aurait pas eu le génocide. Donc, il faut que la communauté internationale intervienne. Il y a une série d’actions qui sont entreprises pour arracher la signature de la Bceao à M. Gbagbo. Vous l’avez pratiqué pendant un certain nombre d’années comme Premier ministre. Ne pensez-vous pas qu’il est pris en otage par son clan ? Je crois que c’est Gbagbo lui-même qui décide. Personne ne le prend en otage. Parce que quand on arrive à un niveau, on doit décider pour soi-même. Je suis convaincu que Ben Ali (ancien président de Tunisie) en voyant les foules dans les rues, en voyant les tueries qui avaient commencé, a pris lui-même la décision de partir. Quand on a une haute opinion de l’Etat, quand on aime son pays et qu’on ne veut pas mille morts dans son pays, on prend la décision de partir. Quel délice y a-t-il à s’accrocher à un pouvoir où tu n’es reconnu nulle part, où tu ne peux pas voyager ou bien dans ton propre pays tu ne peux pas aller dans certains quartiers ? C’est morbide. Quel délice y a-t-il à être président dans ces conditions ? On ne peut pas être égoïste à ce point ! Est-ce qu’il a le droit d’empêcher ses enfants d’aller en France, parce que lui n’y va pas, et de les rendre ridicules? C’est en cela que Houphouët-Boigny était un sage. Il a dit qu’il fait la politique pour ses enfants. Aujourd’hui, ses enfants sont libres ici. Quelques fois, ils sont si effacés. Houphouët-Boigny ne leur a pas laissé en héritage des sanctions. Personnellement, si je m’étais retrouvé dans cette situation, je ne ferais pas cela à cause de mes enfants. Et je pense que M. Gbagbo doit quitter le pouvoir. Tous ses collaborateurs qu’il fait sanctionner, tous ses enfants qu’il fait sanctionner. On m’a signalé que des enfants qui étaient aux Etats Unis, on leur a signifié de quitter le pays. Ils vont perdre leurs études. Peut-être même que certains vont perdre leurs conjoints. Est-ce que pour le pouvoir tu as le droit d’agir de cette façon ? Je n’en sais rien, mais chacun décide. Comment peut-on envisager l’option militaire sans craindre une guerre civile ? Je vous ai dis que si la communauté internationale était intervenue très rapidement au Rwanda, on n’aurait pas eu plus d’un million de morts. Bien que les gens n’interviennent pas en Côte d’Ivoire, est-ce que chaque jour on ne tue pas des innocents? Donc, une intervention bien préparée, ciblée sur Gbagbo, fera l’économie de vies humaines. Il ne faut pas se leurrer. Il y a eu une intervention en Sierra Léone, il n’y a pas eu plus de morts qu’avant. Il y a eu une intervention en Bosnie. Il n’y a pas eu plus de morts qu’avant. L’histoire nous enseigne que lorsqu’il n’y a pas d’intervention, c’est en ce moment qu’il y a des millions de morts. Quand il y a une intervention, elle stoppe le chaos. Pourquoi vous voulez qu’en Côte d’Ivoire cela soit différent ? Si l’intervention militaire avait eu lieu le 15 décembre dernier, il n’y aurait pas eu 300 morts. Donc, c’est faux de faire croire aux gens qu’une intervention militaire va créer une guerre civile. M. le premier Ministre, on parle de plus en plus de découverte de charniers. Qu’est-ce que vous en savez ? Il y a des charniers en Côte d’Ivoire. Cela ne restera pas impuni. Nous avons demandé à la Cpi de venir enquêter sur ces charniers. Je veux que l’Onuci soit plus ferme, pour se donner les moyens, y compris par la force, d’aller enquêter sur ces charniers. Personne ne devrait empêcher des familles de récupérer leurs corps. De quel droit, après avoir fait leur charnier, empêchent-ils les populations d’aller prendre leurs corps afin de leur offrir une sépulture. Je rappelle que ce sont des crimes imprescriptibles. Vous avez mis en place un comité de surveillance et de sanctions des fonctionnaires qui collaborent avec l’ancien régime. Pouvez-vous faire le point de ses actions ? Nous faisons le point de situation sur l’état des directeurs généraux et centraux de notre administration qui collaborent avec un gouvernement illégal. Je leur signale que c’est de la sédition et qu’ils seront sanctionnés pour cela. Donc, comme les ministres ont été sanctionnés, ils ont tendance à envoyer les directeurs centraux en voyage. Mais, ceux-là aussi vont être frappés de sanctions. Mieux le gouvernement entend réserver une suite judiciaire. Que dites-vous aux fonctionnaires concernant leurs salaires ? C’est simple. M. Gbagbo a ralenti l’économie. Les fonds qui étaient encore au Trésor ont été retirés par des hommes en armes. Ils sont allés acheter des armes en Europe. Ils ont eu des armes types scorpion. Nous le savons. Donc, les Ivoiriens doivent savoir à quoi servent leurs salaires. S’ils n’ont pas eu leurs salaires du mois de janvier, c’est parce que Gbagbo les a utilisés pour acheter des armes en Europe avec un certain Robert Montoya. Plus vite Alassane Ouattara sera au palais, plus vite les fonctionnaires auront leurs salaires. Cette semaine on annonce l’opération « pays mort ». Est-ce que vous avez enfermé votre combat dans un délai ? Ou bien c’est un corps-à-corps jusqu’à ce que Gbagbo parte du pouvoir ? Il ne faut pas être pessimisme. Des peuples ont mis un mois pour faire partir un dictateur. D’autres ont mis huit ans. Il y a certains qui ont fait un an. Je vous signale qu’au Niger, c’est un an après que Tandja est parti. Donc, chaque peuple a son histoire. Les évènements se succèdent mais ne se ressemblent pas. C’est vrai qu’en Tunisie c’est environ un mois. En Côte d’Ivoire, c’est peut-être plus de deux mois. Le plus important c’est que le peuple reste déterminé. Et se donne les moyens de sa révolution. La révolution orange en Ukraine n’a pas pris un mois, mais un trimestre. Chaque peuple a son histoire. Ce dont je suis sûr, c’est que nous réussirons notre révolution. Et Gbagbo partira. Interview réalisée par : Nord-Sud, Le Patriote, L’Expression, L’Intelligent d’Abidjan, L’Inter, Le Nouveau Réveil.

Par Citoyen Libre - Publié dans : Lu pour vous - Communauté : UNION SACREE DE L'OPPOSITION
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